Dionysos : Le dieu de la double naissance et de l’extase

Dans la mythologie grecque, les dieux les plus connus sont Zeus, Poséidon, Hadès ou encore Apollon et Athéna. D’autres le sont moins, et pourtant, découvrir leurs légendes peut être un moyen de découvrir la mythologie grecque autrement. Aujourd’hui, coup d’œil sur l’un de mes dieux préférés : Dionysos.

Note : Pour l’écriture de cet article, je m’appuie principalement sur le Lexique des divinités grecques et romaines paru sous la direction de Michel Mathieu-Colas en 2024 et sur trois textes classiques : Les Bacchantes d’Euripide et sur la Mythologie des Grecs (Livre IV de la Bibliothèque historique) de Diodore de Sicile.

Une Divinité à la Légitimité Contestée

Dionysos est un dieu différent des autres dans le sens où il a dû lutter pour imposer sa divinité. Il est fils de Zeus qui l’a porté dans sa cuisse depuis la mort de sa mère Sémélé à Thèbes.

Sémélé était la princesse de Thèbes, fille du roi Cadmos et de la déesse Harmonie. Elle est célèbre pour avoir été la maîtresse de Zeus. Pour satisfaire son amour, Sémélé demanda à Zeus de lui apparaître dans toute sa gloire divine. Jalouse, Héra (l’épouse de Zeus) avait incité Sémélé à faire cette demande, sachant qu’un mortel ne pouvait survivre à la vue de la forme divine de Zeus. Zeus, contraint par un serment, accéda à sa requête, et Sémélé fut consumée par les éclairs et le feu émis par la divinité.

Avant qu’elle ne meure, Zeus parvint à sauver l’enfant qu’elle portait et le cousit dans sa propre cuisse pour achever sa gestation. C’est pourquoi Dionysos est réputé être né deux fois.

Un Dieu Élevé Loin de Grèce

Héra étant jalouse de lui, Zeus le confia aux filles du dieu-fleuve Lamos, puis à Ino, avant d’être emmené loin de Grèce dans le pays appelé « Nysa ».

Le pays de Nysa est un lieu mythique et légendaire. Dans la mythologie grecque, il n’est pas un lieu géographique fixe et identifiable, mais plutôt un endroit lointain et secret où les nymphes ont élevé le jeune Dionysos. Selon Diodore de Sicile, c’est à Nysa qu’il devient l’inventeur du vin et de la bière :

« Après avoir été élevé par les nymphes à Nysa, il devint, dit-on, l’inventeur du vin et enseigna aux hommes la plantation de la vigne (…) C’est lui qui inventa aussi la boisson préparée à base d’orge, qui est appelée par certains « zythos » et qui, pour son parfum, ne le cède pas de beaucoup au vin. » (2004, p. 17).

Il est ensuite élevé par Silène (son précepteur, son tuteur et son compagnon de route) et par les nymphes appelées Nyséides.

Le Voyage et le Cortège (Thiase)

À l’âge adulte, il découvre la vigne et voyage à travers le monde. Il ira jusqu’en Inde pour imposer sa domination à la tête d’un cortège de satyres, de silènes et de bacchantes. Selon Diodore de Sicile, « il fut le premier de tous à conduire un triomphe juché sur un éléphant indien » (Id., page 18).

Le cortège de Dionysos, appelé Thiase, désigne l’ensemble des créatures et des mortels qui l’accompagnent dans ses voyages et ses fêtes. C’est un élément central de son culte, caractérisé par l’exubérance, la musique, la danse, et le délire mystique (la mania).

  • Satyres : Créatures masculines mi-hommes mi-boucs/chevaux. Ils représentent la sauvagerie, la lubricité et l’ivresse. Ils jouent de la flûte (aulos) et dansent.
  • Silènes : Similaires aux satyres, mais plus âgés. Ils sont souvent des figures de sagesse rustique et d’ivrognerie. Le grand Silène est le précepteur du dieu.
  • Bacchantes (ou Ménades) : Femmes, le plus souvent mortelles, qui sont sous l’influence du dieu. Elles sont vêtues de peaux de bêtes (nébrides), portent des thyrses (bâtons entourés de lierre) et mènent des danses frénétiques. Elles incarnent le délire extatique et la sauvagerie primordiales.

Il est transgressif mais il fait aussi face à des résistances, notamment de la part de Lycurge en Thrace ou de Penthée à Thèbes. Cette dernière fait d’ailleurs l’objet de la tragédie Les Bacchantes d’Euripide.

Le Triomphe et la Reconnaissance

Dionysos descend ensuite dans les Enfers pour délivrer sa mère, Sémélé, et la ramener sur l’Olympe, confirmant ainsi sa divinité. Il y conduit également Ariane, abandonnée par Thésée, après en avoir fait son épouse.

Principalement connu comme dieu du vin et de la fête, son histoire montre qu’il était un dieu beaucoup plus complexe. Néanmoins, à partir du VIe siècle avant J-C., c’est cette image qui va s’imposer : il incarne le délire mystique, notamment avec son cortège de bacchantes, mais il est aussi le dieu de la végétation et de la génération. Il représente aussi la puissance de la nature.

Dans le panthéon grec, il s’oppose à Apollon qui est le dieu de l’harmonie. Cette distinction sera notamment reprise par Friedrich Nietzsche dans La Naissance de la tragédie, l’un de ses premiers livres.

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