
Jayavarman VII est l’un des rois les plus célèbres du Cambodge et le seul de son époque dont nous possédons un portrait. Né vers 1120, il appartient à la dynastie de Mahidharapura (en khmer : រាជវង្សមហិធរៈ បុរៈ), dont certains membres ont régné sur Angkor, comme Jayavarman VI ou Suryavarman II.
Jayavarman VII serait le fils d’un prince et le cousin du roi Suryavarman II, décédé vers 1150. On sait peu de choses sur sa jeunesse, mais selon l’historien David Chandler, il aurait vécu dans un temple éloigné d’Angkor, la capitale de l’empire khmer. Après la mort de Suryavarman II et de Yaçovarman II, l’empire est plongé dans une période de troubles : un usurpateur s’empare du trône et ses relations avec Jayavarman VII restent obscures. Quoi qu’il en soit, en 1182, Jayavarman VII monte sur le trône.
Le règne guerrier et la reconquête d’Angkor
Le règne de Jayavarman VII débute dans un contexte militaire tendu. En 1177, le royaume khmer est envahi par le royaume de Champa, situé à l’est, dans l’actuel Vietnam. En 1178, Jayavarman VII rassemble des troupes khmères et chames pour chasser les envahisseurs de la capitale. Une stèle témoigne de cet épisode : lorsqu’il entre à Angkor, la ville est plongée « dans une mer d’infortune et une terre lourde de crimes » (p. 59). Il en ressort victorieux et restaure l’empire après des années d’instabilité.
Bouddhisme et pouvoir royal
Couronné en 1182, Jayavarman VII règne sur un territoire plus vaste et plus administré que ses prédécesseurs. Son règne marque une rupture spirituelle majeure : il introduit le bouddhisme Mahayana comme fondement du pouvoir politique et religieux. Dans cette perspective, le roi est vu comme un bodhisattva, un être éveillé au service de son peuple. Le royaume reste très hiérarchisé : le roi demeure distant, invisible, reclus dans son palais.
Un roi bâtisseur entre piété et propagande
Jayavarman VII est aussi un grand bâtisseur. Il fait ériger de nombreux temples, routes et hôpitaux (arokayasala) à travers le royaume. Cependant, beaucoup de ces projets sont réalisés à la hâte. Certains chercheurs estiment que ce programme architectural massif répond à une quête personnelle de rédemption, peut-être liée aux souffrances endurées par le peuple durant les guerres. Parmi les constructions notables, on peut citer :
Le Bayon, temple d’État au cœur d’Angkor Thom, célèbre pour ses visages monumentaux.
Le Preah Khan, dédié à son père.
Le Ta Prohm, dédié à sa mère.
Un réseau de 102 hôpitaux répartis dans l’empire.
Un ensemble de routes et de relais de poste facilitant les déplacements et la communication.
En 1191, Jayavarman VII s’empare de la capitale chame, et il passe la fin de son règne à Yasodharapura, la seconde capitale de l’empire khmer. En 1207, il lance une expédition contre le Dai Viet avec des contingents chams. Jayavarman VII meurt autour de 1220 et les travaux lancés sont arrêtés brutalement. En parallèle, les peuples thaïs montent en puissance et les invasions mongoles bouleversent l’équilibre du royaume.
Sources/Pour aller plus loin :
- David Chandler, Une histoire du Cambodge, Paris, les Indes Savantes, 2011
- Bruno Dagens, Les Khmers, Paris, Les Belles Lettres des Civilisations, 2003
- Cambodianes, Jayavarman VII: the King Who Expanded the Khmer Empire (online)


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