La République de Diogène, un modèle de cité idéale… parallèle

A l’image et contre Platon, Diogène de Sinope aurait également écrit une République désormais perdue. Alors que les Cyniques cherchent à vivre en dehors de la société, comment pourraient-ils établir une république ?

Diogène est un provocateur mais son but n’est pas d’attaquer les autres gratuitement : en philosophe, il veut faire prendre conscience aux autres qu’ils sont soumis à l’opinion (la doxa) et qu’ils peuvent s’en libérer. L’ascèse et la lutte contre la souffrance inutile permet également de retrouver sa liberté. Pour Diogène, la société est absurde : l’esclavage, l’exil, la pauvreté, en sont les conséquences et il faut pouvoir s’en libérer. Au lieu de les considérer comme des maux qui font souffrir, il faut l’accepter, ce qui permet d’être libre.

La « république » de Diogène n’est pas un retour à l’état sauvage et autarcique comme on pourrait le penser, mais elle est au contraire un « état » anarchiste, au sens politique du terme, où les conventions sont abolies et où la nature guide les actions. Elle repose sur la vie selon la nature, y compris avec des actes réprimés par la société qui détermine ce qui est « bien » ou « mal ». C’est ainsi que dans la république de Diogène, l’anthropophagie et l’inceste sont permises puisqu’elles existent dans la nature. Bien que la nature ne soit pas définie par les Cyniques, l’un des modèles de vie qu’ils mettent en avant est celui du héros Héraclès, « mettant la liberté au-dessus de tout » (Diogène Laërce, livre VI, parag. 71). La vie revendiquée par les Cyniques s’affranchit des fausses valeurs de la civilisation et se compose : d’endurance, d’absence d’orgueil, de capacité à s’auto-suffire et d’impassibilité (Goulet-Cazé, 2017, p. 570). La cité de Diogène est donc une cité où « la nature aurait retrouvé ses droits. Soumise elle aussi, en tant que cité, à une nouvelle frappe de la monnaie, elle est placée sous le signe d’un individualisme exacerbé et d’une liberté sans concession » (Id., p. 570).

Selon Philodème (dans le De Stoicis), la république de Diogène observe des règles et des principes : pas d’armes, les osselets remplacent la monnaie, le sacré est contesté… Et dans ce modèle de cité, il s’agit de remettre en cause le pouvoir, l’argent et la religion. La pudeur n’existe pas, par ailleurs, la musique, la géométrie ou l’astronomies sont jugées inutile.

La république de Diogène n’est pas seulement un modèle de cité qui a pour but de provoquer, c’est une remise en cause des opinions irrationnelles et des fausses illusions. Diogène n’invite pas à vivre comme des animaux mais à être lucide sur la nature : l’individualisme intégral permet d’accéder à la liberté, ce que ne permet pas la société.

Source :

Goulet-Cazé, M-O, « De la République de Diogène à la République de Zénon » in Le Cynisme, une philosophie antique, Paris, Vrin, 2017, pp. 545-606.

2 réponses à « La République de Diogène, un modèle de cité idéale… parallèle »

  1. Miam, l’anthropophagie ! Non, je plaisante, mais ce que je trouve le problème avec des systèmes hyper-fidèles à telle ou telle règle, c’est qu’ils assument des conséquences absurdes. Je sais, Diogène dirait que la nature n’est pas absurde, mais quand on a des intuitions fortes avant la philosophie, il ne faudrait pas les jeter sans une bonne raison.

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  2. Je n’avais jamais pensé que l’ascèse et la lutte contre les souffrances inutiles permettent aussi de reconquérir sa liberté.

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