A la découverte du cycle de Troie (0) : La guerre de Troie a-t-elle vraiment eu lieu ? Les débats des archéologues

Note : Pour un résumé complet de l’Iliade, de l’Odyssée et des textes relatifs à Troie, voir : https://lesitedushifa.fr/a-la-decouverte-du-cycle-troyen/

Note : La source sur laquelle je m’appuie ici est le livre de Eric H. Cline intitulé 1117 avant J-C : Le jour où la civilisation s’est effondrée et sur l’Histoire de la Grèce Ancienne de F. Lefèvre (cf. sources).

Le XIIe siècle, en Europe méditerranéenne, est une période de transition sans précédent dans l’histoire : plusieurs peuples coexistent, commercent, s’affrontent : Hittites, Egyptiens, Mycéniens… Et on dispose de sources écrites découvertes au fil des siècles pour tenter de les retracer. Ce qui va nous intéresser ici est le rôle des Mycéniens et l’existence probable de la guerre de Troie telle qu’elle aurait eue lieu bien avant la célèbre épopée d’Homère. Que peuvent nous apprendre les découvertes archéologiques dessus ?

D’abord, Eric H. Cline précise que Troie (située sur les côtes de la Turquie) représente un point de passage important durant l’Antiquité. Mais tout commence par une drôle d’histoire : la civilisation mycénienne a intéressé les archéologues du XIXe siècle. L’archéologue phare de cette période es Heinrich Schliemann. Ses méthodes de travail étaient primaires mais, en même temps, ses comptes-rendus sont sujets à débats. Pour autant, ses fouilles en Anatolie lui ont permis d’identifier le site de Troie. On est au XIXe siècle, rien n’est certain, mais les hypothèses sont là.

Mycènes, en Grèce, a été plus facile à trouver en raison des ruines importantes de la ville. De nombreux squelettes, des armes et de l’or ont été découverts. Il prétendait même avoir retrouvé le squelette d’Agamemenon. Aujourd’hui, on sait qu’il se trompait et que ses découvertes remontaient au XVIe siècle avant J-C (soit bien avant la « guerre de Troie » qui aurait eu lieu autour de 1250 avant J-C). Mais ses fouilles se situaient au bon endroit.

Au final, dans les années 1920, une autre équipe d’archéologues a creusé le site de Pylos, au sud de la Grèce, et le site de Troie. Des écrits ont été découverts et les fouilles ont repris après la Seconde Guerre Mondiale. Les textes trouvés étaient une version primitive du Grec ancien et permettent d’en savoir plus sur le monde mycénien.

Le monde mycénien est né au XVIIe siècle avant J-C. L’essor de la civilisation mycénienne reste mystérieuse mais pour Eric H. Cline, il y a pu y avoir des alliances entre Mycéniens et Egyptiens dans des conflits armés. Selon Eric H. Cline toujours, les Egyptiens connaissaient les Mycéniens sous le nom de Tanaja et les Hittites les appelaient Ahhiyawa, les Cananéens, en Syrie, les appelaient Hiyawa. Ce sont des spéculations rappelle l’auteur, mais à l’âge du bronze, il est probable que ces peuples se connaissaient. S’il y a eu effectivement une guerre de Troie, elle aurait eu lieu vers 1430 av. J-C si l’on en croit des découvertes révélant la rébellion d’un peuple, les Assuwa, contre les Hittites. La guerre de Troie, quant à elle, telle qu’elle est rapportée dans les poèmes épiques, aurait eu lieu plutôt entre 1275 et 1175 avant J-C. Par contre, les découvertes récentes des archéologues montrent qu’Homère, en écrivant l’Iliade, avait connaissance d’armes utilisées durant cette période, comme par exemple le bouclier d’Ajax, l’un des héros de ce poème épique.

Désormais, les chercheurs s’accordent à dire que même l’Iliade d’Homère comporte des récits de guerriers et des événements qui ont eu lieu au cours des siècles précédant la guerre de Troie proprement dite, survenue en 1250 av. J-C. Parmi eux, on trouve le bouclier d’Ajax, pareil à une tour, un type de bouclier qui a disparu bien avant le XIIIe siècle av. J-C. Il y a aussi les épées « serties d’argent » de plusieurs héros, un type d’épée de grande valeur qui avait disparu bien avant la guerre de Troie (Cline, 2016, p. 55)


Si une guerre de Troie a eu lieu, ce serait donc bien avant celle qu’Homère raconte, le XIIIe siècle avant J-C est bien une période de trouble à Troie. Les Hittites se seraient mobilisés sur l’ouest de l’Anatolie (l’actuelle Turquie), pour contenir les Mycéniens qui se rebellaient contre eux. Selon Eric H. Cline, des textes nous apprennent que sous le règne du roi hittite Muwattalli II, un renégat cherchait à déstabiliser l’ouest du pays. Ce document nous apprend qu’il y avait notamment un conflit entre Mycéniens et Hittites dans le nord-ouest de l’Anatolie – là où est située Troie donc -. Une hypothèse peut laisser penser à une forme de véracité historique qui s’est transformée en légende au fil des siècles et que l’on retrouve dans les traditions orales. Sans raconter l’histoire de la guerre de Troie qui fera l’objet de prochaines publications, une question reste en suspens : la guerre de Troie a-t-elle eu lieu et Troie a-t-elle existé ? Les motifs sont-ils vraiment liés à Hélène ? Comme le précise l’auteur : « Les anciens Grecs eux-mêmes n’étaient pas certains que la guerre de Troie ait vraiment eu lieu – quant à sa date, il existe au moins treize hypothèses différentes si l’on suit les auteurs de la Grèce antique » (Id, p. 104). Eratosthène (astronome grec du IIIe siècle avant J-C) fixe la destruction de Troie à 1184 avant J-C. Pour d’autres, elle a commencé en 1334… Dans tous les cas, la destruction de la ville à Hissarlik paraît être une hypothèse pertinente pour servir de cadre à l’épopée d’Homère. A noter que Troie a connu plusieurs cités : la destruction de Troie VI, qui serait datée de 1300 à 1250 avant J-C, était une ville commerçant avec la Mésopotamie, Chypre et l’Egypte. Plusieurs hypothèses ont eu lieu quant à la destruction de Troie VI : la première, qui a été réfutée par la suite, était liée à une attaque des Mycéniens qui l’ont incendiée, ce qui aurait fourni le point de départ du récit d’Homère. Mais un autre archéologue, Blegen, a apporté la preuve que la cité avait été détruite par un séisme et rien n’évoque une guerre. Pour Blegen, Troie VIIa correspond davantage à la ville qui sert de cadre à l’Iliade, mais une hypothèse voudrait qu’elle n’ait pas été attaquée par les Mycéniens mais par un autre peuple, les « Peuples de la Mer ».

Troie VIIa, qui est un autre site pouvant correspondre à Troie, « est le seul site de la côte ouest de l’Anatolie a avoir été détruit par le feu au XIIe siècle av. J-C » (Cline, 2017, p. 147). La ville aurait été construite sur les ruine de Troie VIH détruite par un tremblement de terre vers 1300 avant J-C. Les archéologues qui ont travaillé sur ces sites supposent que la ville avait été assiégée et montrent que des pointes de flèches ont été trouvés dans les murs de Troie VIIA. Cela laisse présager l’hypothèse d’une guerre. Mais malgré ces éléments, rien ne prouve que les Mycéniens en soient à l’origine. En fait, durant cette période, en Grèce continentale, les Mycéniens étaient eux-mêmes attaqués : des villes comme Mycènes, Tirynthe, Midéa, Pylos ou Thèbes ont connu des destructions à la fin du XIIIe siècle et au début du XIIe siècle, ce qui n’est pas compatible avec une attaque des Mycéniens contre Troie.

Sources :

Cline E. 1177 avant J-C. Le jour où la civilisation s’est effondrée, Paris, Points, 2016
Lefèvre F. Histoire du monde grec antique, Paris, Le Livre de Poche, 2007

Une réponse à « A la découverte du cycle de Troie (0) : La guerre de Troie a-t-elle vraiment eu lieu ? Les débats des archéologues »

  1. […] lieu à de nombreux débats entre universitaires. Mais la principale question, déjà traitée par ailleurs, est de savoir dans quelle mesure Homère mêle la fiction à l’histoire. Les anciens […]

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