I/ La première guerre macédonienne (215-205)
Les liens entre Grecs et Romains sont étroits comme nous l’avons déjà vu (cf ici) mais dans le cas présent ils font face à un ennemi commun : les Macédoniens. Alexandre le Grand a conquis une partie du monde connu à l’époque et a traumatisé plusieurs générations, au point que toute une littérature s’est développée sur lui sur au moins un millénaire – mais cela pourrait faire l’objet d’autres articles -.
En 215, Hannibal et Philippe V, le roi de Macédoine, signent un traité permettant de réserver au roi de Rome les territoires placés sous protectorat romain en Illyrie. La première guerre de Macédoine a cependant un impact assez limité, dans le sens où Rome était déjà en conflit avec Carthage. Les Romains n’affrontent pas directement les Macédoniens, mais un accord est trouvé : les victoires et butins issus de batailles navales sur l’Etolie (en Grèce) reviennent aux Romains tandis que les victoires terrestres reviennent aux Etoliens. Pour les Romains, cette première guerre est surtout un prétexte pour être en mesure de se concentrer sur la deuxième guerre punique.
2/ Les conséquences de la deuxième guerre punique sur Rome (202)
La deuxième guerre punique s’achève avec une victoire décisive des Romains, un Hannibal mis en déroute comme son père avant lui et une extension de son territoire qui va désormais jusqu’aux « Colonnes d’Hercule » (Gibraltar). Néanmoins, des deux côtés, les conséquences sont importantes :
A Rome, le pays est passé de 270 000 habitants en 233 à 214 000 en 204. Par ailleurs, la guerre contre Carthage n’était pas le seul souci des Romains : de nombreux réfugiés venaient à Rome, ce qui rajoutait une crise sociale à une situation économique dramatique.
L’invasion d’Hannibal avait également permis aux Gaulois de se rebeller à nouveau. Hannibal avait réussi à faire ressurgir de vieux conflits a priori oubliés depuis plus d’un siècle. Face à cette situation, la religion a servi de repère. C’est ainsi que des divinités grecques, d’Afrique et d’Orient ont fait leur apparition auprès de Janus et autres anciennes divinités Etrusques. La peur est également un sentiment qui a été ressenti par les populations locales et qui a entraîné de nombreux changements pour Rome.
À l’échelle internationale, la fin de la seconde guerre punique permet à Rome de contrôler une partie de l’ouest de la Méditerranée, mais pas l’est qui reste partagée entre plusieurs puissances : les états hellénistiques (la Grèce, la Macédoine), l’Egypte des Ptolémées et, surtout, la Syrie (septentrionale et méridionale dont la Palestine actuelle).
La victoire sur Hannibal a certes épuisé Rome, pour autant, ses armées sont restées mobilisées sur différents fronts : d’un côté, une politique défensive des territoires conquis et, de l’autre, un refus de s’étendre davantage sur le territoire. D’autant plus que les Gaulois continuent à poser des soucis à Rome. L’autre difficulté à laquelle sont confrontés les Romains est de mettre Hannibal définitivement hors d’état de nuire.
Comme l’explique Giovanni Brizzi :
Bien qu’ils eussent en main toutes les clés pour comprendre les événements, les hommes politiques grecs en général ne surent pas prévoir les développements de la guerre contre Hannibal qu’ils n’avaient suivis que d’assez loin, en sorte que les mises en garde prophétiques de certains d’entre eux tombèrent dans le vide. (Brizzi, 2009, p. 449)
En Macédoine, le stratège Agélaus de Naupacte conseille au roi Philippe V de Macédoine de se tourner vers Rome et de laisser de côté les conflits internes. Si l’on en croit Polybe, l’historien grec contemporain de cette période, les Grecs voyaient cela comme une illusion. Armés de la phalange, une sorte de lance géante, ils se sentaient en supériorité militaire.
Cependant, les Romains ne connaissaient pas le fonctionnement politique des hellénistes et seul Scipion l’Africain (qui mériterait également un post à lui seul) s’est inspiré de la philosophie politique grecque : « Si uis pacem para bellum » : « si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre ». À partir de cette technique, des mesures ont été mises en place comme l’armement constant des Romains et le désarmement des vaincus. L’objectif de Scipion était d’intimider directement les Macédoniens sans recours à la phalange. Si le conflit avec les Macédoniens était avant tout une mesure d’intimidation, une paix a été conclue en 205 à Phoinikè.
Pour autant, le monde hellénistique était partagé entre Rome et la Macédoine mais, malgré son ouverture aux deux mondes, elle privilégiait Rome. L’historien Tite-Live rapporte, dans son Histoire Romaine, comment la guerre a été déclarée par les Romains à la Macédoine. Nous sommes alors en 200, soit 2 ans après la fin de la deuxième guerre punique (le texte est long, je n’en mets qu’un extrait, si vous êtes curieux, vous pouvez le trouver ici).
Que nos ennemis voient leurs villes et leurs campagnes mises à feu et à sang. Nous en avons l’expérience: c’est au dehors et non dans la patrie, que nos armes sont le plus heureuses et le plus redoutables. Allez aux voix, suivez les inspirations des dieux et ratifiez la décision des sénateurs. Voilà ce que vous conseille votre consul, et, avec lui, les dieux immortels, ces dieux qui ont accueilli mes sacrifices et mes prières, quand je leur ai demandé que cette guerre eût pour moi, pour le sénat et le peuple, pour les alliés et le nom latin, pour nos flottes et nos armées, une bonne et heureuse issue, et qui m’ont présagé toutes sortes de succès et de prospérités. » (Tite Live, Histoire Romaine, Livre XXXI, 7, 2-14) [En ligne]
Dans le discours rapporté par Tite-Live, l’histoire passée joue un rôle important et le consul exhorte les sénateurs à déployer une stratégie différentes. Que ce soit contre Pyrrhus (cf. cet article), contre les Gaulois (ici) ou contre Hannibal (ici), il ne s’agit pas d’attendre le conflit arriver mais de le déclencher directement. Rome doit donc reconstituer son armée. De plus, Philippe V a conclu un accord avec le roi de Syrie Antichos III pour se partager les possessions extérieures égyptiennes (ptolémaïques) extérieures à l’Egypte continentale. Philippe V pouvait donc lancer des attaques sur mer et sur terre à l’est de l’Europe grâce à cet accord. De plus, son alliance passée avec Hannibal a mis le feu aux poudres, d’où le discours cité par Tite-Live précédemment.
3/ La deuxième guerre macédonienne (200-197)
En s’attaquant à l’Egypte, alliée indirecte de Rome, le prétexte de la guerre était tout trouvé :
Ce fut Philippe lui-même qui fournit involontairement le prétexte que recherchaient les bellicistes romains. Irrité par la politique pro-égyptienne menée depuis longtemps par les Athéniens, le souverain profita de la condamnation pesant sur deux Acarnaniens coupables d’avoir profané les mystères d’Eleusis, pour lancer contre le territoire de l’Attique les forces de ce peuple qui était son allié, en lui fournissant en renfort des auxiliaires macédoniens.. Un émissaire athénien, Céphisodore, se rendit sur-le-champ à Rome pour associer sa voix à toutes celles qui réclamaient déjà l’intervention des légions. En attaquant Athènes, non seulement Philippe avait touché à une ville symbole, ce qui permettait à ses défenseurs d’ennoblir leur cause aux yeux de la Grèce entière, mais encore, selon les mêmes sources, il avait violé un accord bien précis [des liens d’amitié avec Rome dès 229]. (Brizzi, 2000, p. 466)
L’autre motif possible de la guerre contre Philippe V est surtout l’appel des Grecs et la crainte d’une attaque macédonienne sur l’Italie. Mais selon G. Brizzi, le véritable motif est tout autre : Scipion était totalement opposé à une guerre avec la Macédoine pour des raisons de politique interne. Il détenait un pouvoir considérable et une entrée en guerre aurait pu lui faire perdre son influence. Au final, la position de Scipion n’est pas respectée et Rome entre en guerre entre 200 et 196 sous le consul Galba.
L’arrivée en Macédoine ne se fait pas sans difficultés, notamment en raison des zones montagneuses, mais la principale bataille à retenir est celle de Tessalie : selon Polybe, les Macédoniens connaissaient bien le terrain et pensaient pouvoir vaincre sans soucis, mais les Romains les ont pris en tenaille et Philippe V a dû abandonner le champ de bataille. Une paix est signée en 196 mais Philippe doit céder toutes les possessions dont il disposait en Grèce, en Asie et dans l’Egée, payer une indemnité, restituer des navires, et envoyer son fils Démétrios en otage à Rome.
Pendant ce temps-là, le roi de Syrie avance ses pions sur l’occident mais ce sera l’objet d’un prochain post.
Chronologie de l’article :
215 : Accord entre Philippe V de Macédoine et Hannibal
215 : Défection de l’Italie du Sud qui se rallie à Hannibal
(cf. article sur la deuxième guerre punique)
202 : Paix avec Carthage suite à la bataille de Zama
200 : Les Romains déclarent la guerre à la Macédoine
197 : Philippe V, battu à Cynoscéphales est contraint à la paix
Bibliographie :
Brizzi G. « L’empire mondial » in Histoire romaine, Tome 1, Paris, Fayard, 2000, pp. 442-501
Lefèvre F. Histoire du monde grec antique, Paris, le Livre de Poche, 2007



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