Les différentes formes de lecture : deux typologies sociologiques

La lecture peut donner lieu à des rapports ambivalents et transversaux, mais les sociologues ayant travaillé sur le sujet nous donnent des clés de compréhension nous permettant de comprendre pourquoi nous lisons ou non, sachant que l’on lit tous les jours sans forcément en avoir conscience.

Une première typologie s’intéresse aux rapports-types à la lecture :

La lecture peut avoir une fonction d’évasion :

Lire en silence implique de se séparer de son environnement matériel et de se mettre en retrait. Lire permet aussi de se séparer des interactions. Il faut aussi s’insérer dans « le monde du texte ». Pour y parvenir, il faut que le texte soit bien écrit et soit accessible. (Ex : lire Saint-John Perse est très difficile).

Le livre doit être dépaysant, il doit être un monde familier et de sens commun. Les livres doivent correspondre à des références qu’on a (univers fictifs) mais aussi événements de sa vie quotidienne. Il s’agit de confronte monde vécu et monde du texte. Le monde fictif devient réel et appelle des jugements sur les personnages. Les lecteurs affrontent l’histoire comme s’ils en étaient les héros. Ex, Harry Potter, San-Antonio…

La lecture peut avoir également une fonction documentaire :

La lecture devient un mode d’accès aux informations et au savoir, pour un apprentissage théorique mais aussi comme une manière d’appréhender le monde de l’imaginaire.  La lecture « évasion » est de fait, aussi documentaire (on apprend des choses en lisant des romans) et on peut lire en apprenant du vocabulaire. Quand on lit une autobiographie, des mémoires… on peut y trouver une fonction documentaire. (Les Confessions de Rousseau). On peut aussi avoir des lectures documentaires pour convertir des savoirs pragmatiques en pratiques. (livre de bricolage, de décoration, guides de développement personnel…).

Et puis la lecture peut avoir une fonction esthétique :

Cela correspond à une forme de lecture lettrée, plutôt rare. Il s’agit de lire le texte pour lui-même. Il s’agit de se distinguer du récit pour se focaliser sur la forme. Faire une thèse sur des courants littéraires par exemple..

Mais à ces trois formes de lecture qui, rappelons-le, peuvent s’entrecroiser, le sociologue Claude Poissenot en identifie d’autres dans son ouvrage intitulé Sociologie de la lecture.

Identification et lecture :

La lecture de romans appelle bien souvent une identification aux personnages. « Tout se passe comme si l’attrait pour l’ouvrage devait forcément aller de pair avec la reconnaissance de soi ou d’une partie de soi dans un (ou plusieurs) des personnages » (Lévy, 2015, p.167). On peut se reconnaître dans l’identité professionnelle ou dans la trajectoire d’un personnage.

Il peut aussi y avoir une identification à un genre, une identité ethnico-culturelle, une identité territoriale ou encore une identité contrariée : un pharmacien qui voulait devenir agriculteur et qui a un livre sur les tracteurs comme livres de chevet.

La lecture apporte des ressources pour apporter des solutions aux problèmes rencontrés par les lecteurs. Elle participe de la construction de l’identité. Elle est source de confirmation de soi, mais elle est aussi support d’invention de soi. Elle permet de vivre des moments de la vie (deuil, rupture, rencontre…) et de s’y identifier.

La lecture comme réconfort éthique :

La lecture permet d’étudier notre propre jugement moral, par la fiction ou la presse. La rubrique des faits divers est intéressante : on lit pour savoir comment on aurait réagi en telle ou telle situation. On peut aussi penser aux réseaux sociaux qui permettent de se confronter aux jugements des uns et des autres. Le jugement moral prime dans ce type de lecture, plus que l’aspect esthétique du texte. On peut par exemple aimer lire Proust pour les personnages et les situations, plus que pour le style d’écriture. Des livres ont un rôle de réconfort tout court. On est dans un cadre quasi thérapeutique.

Lecture de salut :

La lecture peut aussi occuper une dimension centrale de l’identité du lecteur. C’est par elle qu’il peut être et devenir ce qu’il entend être.

Ce type de lecteur relève de ceux qui sont engagés dans des croyances anciennes (dans leurs parcours) ou qui cherchent à se convertir à des croyances nouvelles. Lecture religieuse, lecture politique (qui concerne surtout le militantisme des années 70). La lecture de salut peut également occuper une fonction de salut culturel : se définir comme être cultivé. Ce n’est pas une nécessité de distinction cultivé mais une nécessité tout court.

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