
Nous sommes en 1180, Philippe Auguste vient de monter sur le trône à la suite de Louis VII le Jeune et, en parallèle, Alexandre de Paris compile différents écrits sur Alexandre le Grand dans ce qui deviendra le Roman d’Alexandre. La figure d’Alexandre le Grand, roi de Macédoine (356-323 av. J-C.) a marqué l’histoire et la culture. Dès l’Antiquité, des récits sur sa vie ont été rédigés et mélangent histoire et fantaisie. Au Moyen-âge, la légende a perduré et Alexandre est devenu une incarnation de la vertu chevaleresque, notamment à travers le Roman d’Alexandre, rédigé en ancien français entre le XIIe et le XIIIe siècle. Il relate le périple d’Alexandre jusqu’en Inde mais constitue aussi un récit fantastique, un « miroir des princes » ou encore un roman épique (batailles, adoubements…).
Pour autant, bien qu’il soit conquérant du monde horizontal (jusqu’en Inde), le Roman donne également à Alexandre le rôle d’un conquérant du monde vertical : sous les eaux ou dans les airs. Mais comment faire lorsque l’on vit dans l’Antiquité et que l’on écrit au Moyen-âge ? On va rester sur le passage sous les eaux puisque je n’ai qu’un extrait du texte.
Le sous-marin décrit dans le texte est décrit de la manière suivante : il s’agit « d’un magnifique vaisseau, tout en verre transparent (…). [Les ouvriers] garnissent aussi le tour intérieur intérieur du tonneau de lampes dont la vie clarté réjouit, de sorte qu’en mer aucun poisson, aussi petit soit-il, n’échappera au regard du roi » (v. 420-425). Alexandre et deux de ses compagnons montent dans le tonneau et descendent dans la mer grâce à des cordes. Arrivé au fond de la mer, Alexandre observe que les poissons se battent : « Il voit les plus petits attaqués par les plus gros ; quand ceux-ci en prennent un, alors ils l’engloutissent, et quand un petit parvient à s’échapper, il tombe dans un autre piège, tant et si bien qu’il est pris par la force et trahi par la ruse. ».
Alexandre, face à ce spectacle, se rend compte que la force n’est pas le seul élément décisif d’une bataille : la ruse joue un rôle également central. Après avoir observé ces événements à plusieurs reprises, Alexandre demande à ce que le tonneau soit remonté et, pour l’ouvrir, « il le brise lui-même de ses mains ». Alexandre a donc appris une nouvelle leçon de stratégie et parvient à conquérir les fonds marins à une époque où les sous-marins n’existaient pas !


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