Les Trois Guerres Puniques : Histoire complète de Rome contre Carthage (264-146 av. J-C)

  1. Pourquoi Rome et Carthage étaient-elles les deux grandes puissances du bassin méditerranéen ?
  2. La première guerre punique (264-241)
    1. Les causes de la première guerre punique
    2. 262, une année décisive
    3. La campagne d’Afrique, un désastre pour les Romains
    4. La première guerre punique se traduit également par des désastres maritimes
    5. Hamilcar Barca, le père d’Hannibal, est un acteur central de la première guerre punique
  3. Rome et Carthage entre les deux guerres puniques (241-219)
  4. Qui est Hannibal et pourquoi est-il connu ?
  5. La deuxième guerre punique (218-202)
    1. La traversée des Alpes par Hannibal avec ses éléphants
    2. La bataille du lac : Hannibal face à Rome
    3. La bataille de Cannes, un événement marquant de l’histoire romaine
    4. 212 marque l’année de la conquête de l’Espagne par Scipion l’Africain
    5. La bataille de Zama (202 av. J-C) et la fin de la deuxième guerre punique
  6. Soixante ans après, la troisième guerre punique (149-146 av. J-C)
    1. Caton l’Ancien et la déclaration de guerre à Carthage
    2. Pourquoi Scipion pleure-t-il face à Carthage ?
  7. Sources :

Pourquoi Rome et Carthage étaient-elles les deux grandes puissances du bassin méditerranéen ?

Le conflit entre Rome et Carthage est l’un des épisodes les plus connus de l’histoire Romaine : il met en opposition deux puissances légendaires qui cherchaient la suprématie sur la Méditerranée. D’un côté, Rome qui, depuis sa fondation, était centré sur la péninsule italique et de l’autre, Carthage, aux portes de l’Afrique.

L’Enéide de Virgile met par exemple en scène la liaison entre Énée (survivant de la Guerre de Troie) et Didon, reine de Carthage. La mort de Didon est notamment l’un des passages les plus célèbres de l’Enéide :

Didon a compris que les dieux et le destin ont décidé d’un grand avenir pour Enée et les Troyens, et qu’elle n’y peut rien changer ; elle se contente donc de demande ce qui est possible : que la réussite se produise tardivement, après bien des malheurs (Virgile, Enéide, IV, 612-629)

Le destin de Carthage semble tout tracé dans ces quelques vers, et Enée doit fuir vers l’Italie. Énée qui est considéré comme le fondateur du Lavinium, lui-même à l’origine de Rome, avait donc eu une liaison (bien qu’éphémère) avec la reine de la puissance future ennemie de Rome.

Carthage, en Tunisie actuelle, a été fondée un peu avant Rome par des navigateurs tyriens vers 820 avant J-C. Sa situation géographique exceptionnelle lui permettait d’avoir accès à tous les comptoirs phéniciens en Occident, tout en s’opposant à la colonisation grecque. L’économie de Carthage était puissante puisqu’ils avaient le quasi-monopole sur le commerce méditerranéen.

En 508/507 avant J-C, alors que la République vient de naître, un traité est signé entre Rome et Carthage d’après l’historien Polybe. Le deuxième traité entre Rome et Carthage daterait de 348 av. J-C. Il est mentionné à la fois par Tite-Live et par Diodore de Sicile.

Les deux traités définissent des régions accessibles aux marchands des cités et des clauses qui concernent la navigation des Romains au large des possessions carthaginoises. Ces traités organisent donc des espaces accessibles entre Carthage et Rome. Mais durant cette époque, à quoi ressemble l’Europe méditerranéenne ?

Avant les guerres puniques, (cf. les posts consacrés à la première guerre punique, à la deuxième guerre punique et à la troisième guerre punique, l’Empire Carthaginois domine une partie de l’Europe du sud et le nord de l’Afrique. Mais quels sont les déclencheurs des conflits entre Rome et Carthage qui vont durer sur plusieurs siècles par épisodes successifs ? Cette question est l’objet des prochains posts.

Source : http://www.pheniciens.com/persos/elissa.php

La première guerre punique (264-241)

La première guerre punique est l’un des premiers conflits internationaux de l’Histoire Romaine : s’étalant sur plus de 20 ans, elle n’est que la première de trois guerres qui dureront jusque 149 avant J-C, soit plus de cent ans.

Les causes de la première guerre punique

La Sicile était occupée par les Grecs depuis le VIIe siècle, à l’époque où Rome était encore une Monarchie et était une cité État. Au IVe siècle, par exemple, Platon s’était rendu en Sicile et y avait imaginé la République idéale décrite dans son livre du même nom. Mi-grecque, mi-carthaginoise, la Sicile était une île intéressante pour les Romains. En 264, les Carthaginois cherchent à étendre leur influence sur l’ensemble de la Sicile puisqu’ils n’en possédaient que l’ouest. La partie est représentait un enjeu important puisque la production céréalière était meilleure. Pour ce faire, les Carthaginois cherchent à s’emparer de Messine, tenue par les Mamertins (d’anciens mercenaires italiques) et par les Syracusains. Messine menacée des deux côtés, choisit de faire appel aux Romains. Les légions romaines débarquent à Messine, occupent la ville, et c’est la guerre.

Rome en – 264 (Source : https://www.youtube.com/watch?v=xZWaFvLot6k&ab_channel=EpicTeachingofHistory)


La guerre en question va durer vingt-trois ans et aura des conséquences immenses sur Rome. Les premiers navires quittent Tarente, Locres, Naples… et font croire aux carthaginois qu’ils renoncent à venir en Sicile en raison de la volonté du peuple. Il s’agit d’une ruse pour traverser pendant la nuit. La guerre est officiellement déclarée et dans les années qui suivent, la Sicile est envahie par les Romains. Soixante-sept cités se rangent du côté des Romains et les différents consuls marchent sur Syracuse. Hiéron II, le roi de Sicile, qui était d’abord pro-Carthaginois, finit par se ranger du côté des Romains et règne durant 50 ans (il meurt en 215), ce qui aura un impact important sur la deuxième guerre punique.

262, une année décisive

L’année 262 est une année de bascule pour les Romains puisque les Carthaginois veulent attaquer les camps Romains et envoient des mercenaires composés de Gaulois, de Ligures et d’Espagnols. Malgré cela, les Romains sont supérieurs en nombre et résistent de manière bien plus importante que les Carthaginois n’auraient pu l’imaginer. Les Romains finissent par attaquer Agrigente et réussissent à la prendre malgré de nombreuses pertes des deux côtés. La guerre se poursuit ensuite essentiellement sur la mer puisque les Carthginois menacent les côtes italiennes. Cent vingt navires sont créés par les Romains et sont dotés d’une technologie nouvelle : le corbeau, une sorte de passerelle munie de crocs abattue sur le navire ennemi pour l’aborder plus facilement. Grâce à ce système, le consul Duilius, remporte à Myles la première victoire de Rome sur la mer. Quarante-cinq navires puniques sont mis hors de combat.

La campagne d’Afrique, un désastre pour les Romains

En 259, la Corse et la Sardaigne sont attaquées et en 256, la bataille navale d’Ecnome est un succès pour les Romains. Les Romains tentent alors de débarquer en Afrique. Le consul Attilius Regulus arrive au cap Bon, sur la pointe nord est de la Tunisie actuelle, et bénéficie de l’aide de libyens soucieux de se détacher de l’emprise punique. Le pays est pillé par Regulus et une première résistance est réalisé par une cité. La ville est assiégée par les Romains mais les Carthaginois lui vienne en aide avec toute son armée. Regulus donne l’ordre d’attaquer mais une partie de l’armée est mise en déroute. Tunis finit par être prise et les Carthiginois sont en grande difficulté : leurs chefs ne maîtrisent pas la guerre comme les Romains et les Numides (habitants de Libye) commencent à se rebeller. Une grande partie de la population afflue à Carthage, craignant les pillages et la disette. Au même moment, des recruteurs puniques venant de Grèce avec des mercenaires reviennent en Afrique. Parmi eux, Xanthippe, un officier spartiate qui dénonce l’incompétence des chefs carthaginois. Convoqué devant le Sénat de Carthage, il explique que les tactiques employées avec les éléphants de l’armée ne sont pas les bonnes : ceux-ci ne doivent pas quitter les plaines. Les soldats reprennent courage et une armée de 12 000 fantassins, 4 000 cavaliers et 100 éléphants est levée. Les Carthaginois prennent l’offensive contre les Romains et les 500 cavaliers Romains sont mis en échec. Remulus est capturé et renvoyé à Rome par les Carthaginois en échange de prisonniers. Il doit promettre qu’il reviendra et, à Rome, il incite à refuser la négociation et retourne à Carthage, conscient de ce qu’il attend, où il est torturé et mis à mort.

La campagne d’Afrique est donc un désastre et il importe, pour les Romains, de renforcer la sécurité sur les côtes Italiennes. L’enjeu est également de récupérer les personnes réfugiées à Apsis, en Libye et ces derniers sont sauvés sans difficulté. En 253, les consuls élus pour cette année, Caepio et Blaesus, tentent de retourner en Afrique. Passés par la Sicile, ils atteignent l’île de Djerba (au large de la Tunisie) et échouent en raison de la marée. Ils réussissent à repartir mais une tempête leur fait perdre près de cent cinquante vaisseaux.

La première guerre punique se traduit également par des désastres maritimes

Les années suivantes sont marquées par une série de désastres maritimes pour les Romains. On peut en citer un qui témoigne du poids de la religion sur les Romains. En 249, le consul Claudius Pulcher se dispose à prendre Depanum, à l’ouest de la Sicile par un combat naval. Les augures, chargés des présages, viennent lui dire que les poulets sacrés sur le vaisseau refusait de s’alimenter, ce qui était un mauvais présage. Pulcher les jette dans l’eau en expliquant ironiquement qu’à défaut de manger, ils boiraient. L’auteur Valère Maxime, historien romain, raconte :

Les Romains croyaient que les dieux manifestaient leurs intentions à travers le vol des oiseaux, mais aussi à travers leur appétit. Dans l’anecdote ici narrée, le fait que les poulets sacrés refusent de sortir de leur cage pour se nourrir est évidemment signe que les dieux sont hostiles à ce combat, et l’ordre donné par Claudius Pulcher, un grave sacrilège, vite puni comme de juste : Cicéron, qui rapporte la même anecdote dans son ouvrage De la nature des dieux, précise que cette plaisanterie apporta bien des larmes au peuple romain, car la flotte fut détruite (Valère Maxime, Faits et paroles mémorables, I, 4, cité dans Laigneu-Fontaine, 2023, p. 113)


C’est une défaite pour Pulcher et l’autre consul se serait suicidé à Rome en raison de ces mauvais présages. Les dieux Dis (Hadès) et Prosperine (Perséphone) font leur entrée au Panthéon Romain et des cérémonies doivent leur être réalisées selon les augures. Ces cérémonies, ludi Tarentini dans le nom latin, s’accompagnent de sacrifices de victimes noires et doivent être renouvelées après un espace de cent années. Il s’agit des Jeux séculaires, dont les divinités sont Apollon et Diane. Ce nouveau culte témoigne aussi du lien entre Grecs et Romains.

Hamilcar Barca, le père d’Hannibal, est un acteur central de la première guerre punique

Entre 247 et 241, les Romains harcèlent le général carthaginois Hamilcar Barca qui résistait sur le mont Heirctè et sur le mont Eryx, dans l’ouest de la Sicile. Grâce au Syracusains, le consul Catulus remporte une victoire décisive aux îles Egates, toujours dans l’ouest de la Sicile. En 241, la guerre est finie et Rome impose ses conditions de paix : Carthage doit évacuer la Sicile ; doit s’abstenir d’acte d’hostilité contre Syracuse ; rendre tous les prisonniers faits et racheter les siens ; payer une indemnité de deux mille deux cents talents en vingt ans. Les négociations étant jugées trop favorables par le Sénat, l’indemnité de guerre est augmentée de mille talents et le délai de paiement passe à 10 ans. Les Carthaginois doivent également évacuer les îles entre la Sicile et l’Italie. Les vaisseaux de guerre carthaginois sont également interdits d’accès aux eaux italiennes et Carthage ne doit pas recruter de mercenaires en Italie. Le traité est accepté par Carthage et devient un pacte d’amitié entre les deux cités.

Rome en – 241 (Source : https://www.youtube.com/watch?v=xZWaFvLot6k&ab_channel=EpicTeachingofHistory)

Rome et Carthage entre les deux guerres puniques (241-219)

La victoire de Rome sur Carthage à l’issue de la première guerre punique n’est que la première manche d’un conflit qui va durer encore des décennies. Mais durant cette période, les deux parties vont tenter de se reconstruire.

Du côté de Carthage, la situation économique est très mauvaise et les mercenaires de Sicile ne peuvent plus être payés. Les garnisons de Sardaigne se soulèvent également en faisant sécession. Hamilcar, le chef carthaginois et acteur clé de la première guerre punique doit mater cette rébellion. En raison du pacte d’amitié entre les deux cités, Rome envoie du ravitaillement au roi Hiéron de Syracuse, allié de Carthage. Pour autant, les Romains commencent à occuper la Sardaigne puis la Corse, allant à l’encontre du traité de 241. De fait, Rome est maître des trois îles, au détriment de Carthage. En 235, le consul Titus Manlius Torquatus et le Sénat décident de fermer les portes du Temple de Janus, ce qui signifie que « sur toute l’étendue de l’empire du peuple romain régnait, sur terre comme sur mer, une paix qu’avaient enfantée les victoires » (Hinard, 2000, p. 381). L’événement est très important parce que la dernière fois que le Temple a été fermé, le roi Numa Pompilius était encore aux commandes de Rome (soit 400 ans auparavant).

Rome après la première guerre punique
Source : https://www.youtube.com/watch?v=xZWaFvLot6k&ab_channel=EpicTeachingofHistory)

Face à cette situation, Hamilcar se tourne vers l’Espagne pour obtenir de nouvelles troupes et avoir des débouchés commerciaux pour Carthage. Lorsque Hamilcar meurt en 228, son gendre Hasdrubal reprend l’emprise punique sur l’Espagne. Le fils d’Hamilcar, quant à lui, âgé de 20 ans, se prépare à avoir un rôle décisif dans l’histoire de Carthage, nous le reverrons durant la deuxième guerre punique.

Les Romains, de leur côté, retournent vers le nord de l’Italie, toujours occupée par les Gaulois. Une nouvelle invasion gauloise a lieu sur l’Italie mais les Romains répliquent immédiatement et s’installent définitivement en Gaule cis-alpine entre 224 et 222. De même, du côté de l’Adriatique, les pirates illyriens font la loi au détriment des marchands italiens et des colonies corinthiennes. Les Romains envoient des soldats en 229 et 219 pour rétablir l’ordre et mettre en place un protectorat sur les villes côtières.

A la fin des années 210, Carthage et Rome ont rempli leurs caisses et de nouvelles tensions émergent entre les deux puissances. Si le problème gaulois est réglé, les agissements de Carthage en Espagne suscitent l’attention des Romains. Le traité de 241 n’aurait pas été accepté par les Carthaginois, de même que la défaite de la Sardaigne et de la Corse. Les Carthaginois se rapprochent donc de Sagonte (près de Valence en Espagne), tandis que les Sagontins sont alliés des Romains. Rome envoie des ambassadeurs pour demander aux Carthaginois de respecter l’accord, mais le nouveau chef militaire leur adresse une fin de non-recevoir. Nous sommes en 219, ce nouveau chef est le fils d’Hamilcar Barca et fera trembler Rome : il s’agit d’Hannibal.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=xZWaFvLot6k&ab_channel=EpicTeachingofHistory)

Qui est Hannibal et pourquoi est-il connu ?

Mais résumons : Hamilcar, chef carthaginois, est décédé vers 229/228 avant J-C. Il avait un fils, Hannibal, né vers 247 avant J-C. Il a grandi dans le cadre de la première guerre punique et a voué une haine sans bornes à Rome. Lors de la signature du traité de paix entre Rome et Carthage, en 241, c’est encore un enfant. Mais petit à petit, il devient un général incontesté chez les carthaginois, au point que les historiens romains de l’Antiquité se sont intéressés à sa psychologie. Tite-Live en fait un être détestable malgré « des qualités exceptionnelles » tandis que Dion Cassius en fait un personnage quasi-héroïque. A propos d’Hannibal, Tite-Live écrit un texte assez élogieux :

C’est lui qui montrait le plus d’audace pour affronter les dangers, lui qui montrait le plus de réflexion au milieu des dangers eux-mêmes. Aucune fatigue n’épuisait son corps ou ne pouvait vaincre son âme. Il supportait également la chaleur et le froid ; c’était le besoin de la nature, non le plaisir, qui limitait sa nourriture et sa boisson ; s’agissait-il de veiller ou de dormir ? Il ne faisait pas de différence entre le jour et la nuit ; c’était le temps que lui laissaient les affaires qu’il accordait au repos ; celui-ci, il n’allait pas le chercher sur une couche molle ou dans quelque lieu silencieux ; beaucoup le virent souvent, couvert d’un manteau de soldat, couché à terre, au milieu des sentinelles et des postes de garde. Ses vêtements ne ne distinguaient nullement des jeunes gens de son âge ; c’est par ses armes et ses chevaux qu’il attirait le regard. Il était à la fois, et de loin, le meilleur des cavaliers et des fantassins ; il allait le premier au combat, il était le dernier, la lutte engagée, à se retirer. A d’aussi grands défauts répondaient un nombre égal d’énormes défauts, une cruauté inhumaine, une perfidie plus que punique, nul souci du vrai, du sacré, aucune crainte des dieux, aucun respect du serment, aucun scrupule religieux. Tite-Live, Histoire romaine, XXI, 4, cité par Laigneau-Fontaine, 2023, p. 115.

La deuxième guerre punique (218-202)

L’affaire de Sagonte met définitivement le feu aux poudres entre Rome et Carthage : pou rappel, cette ville espagnole est alliée de Rome mais représente un enjeu stratégique important pour Carthage. Hannibal était inspiré par la culture grecque, notamment par Alexandre le Grand et Pyrrhus. Il fait tomber Sagonte en 219 av. J-C. Face à cet affront qui viole le traité conclut en 226 entre Rome et Carthage, Rome demande immédiatement la tête d’Hannibal. De leur côté, les Carthaginois voulaient récupérer la Sardaigne et la Corse.

La traversée des Alpes par Hannibal avec ses éléphants

En 218, l’armée d’Hannibal remonte vers l’Italie en passant par les Pyrénées, le Languedoc, la Provence et les Alpes. Son armée est composée de 80 000 hommes et, au fur et à mesure, il grossit ses rangs grâce à des nubiens et des gaulois, sans compter les célèbres éléphants. Il enchaîne les victoires et doit se confronter aux Gaulois dans les Alpes qui lui opposent une résistance importante. A partir de la Durance, Hannibal parvint aux Alpes en suivant surtout un itinéraire de plaine, et sans rencontrer d’hostilité de la part des Gaulois qui habitaient ces régions.

Le passage d’Hannibal dans les Alpes fait partie des passages les plus célèbres des textes de Tite-Live, aussi, je me permets de le reproduire pour le côté « épique » qui rappelle les conditions de voyage dans les montagnes. Pour repère, Hannibal suit la Durance et la vallée de l’Isère pour parvenir jusqu’aux Alpes : on ne sait pas précisément quelle route il a emprunté, toujours est-il que ce voyage a été catastrophique :

« On ne put surmonter les difficultés de ce parcours : comme, sur l’ancienne couche de neige intacte, s’en trouvait en effet une seconde de peu de profondeur, les pieds de ceux qui s’avançaient tenaient sur la couche molle et peu épaisse ; mais quand elle eut disparu sous le piétinement de tant d’hommes et de bêtes, ils marchaient sur la glace mise à nu qui se trouvait dessous et dans la gadoue liquide formée par la neige fondante. Là on vit les hommes se débattre dans d’effroyables difficultés : le verglas n’offrant aucune prise au pied et le faisant glisser d’autant plus vite que le terrain était en pente, s’ils s’aidaient, en essayant de se relever, avec leurs mains ou leurs genoux, les points d’appui eux-mêmes se dérobaient, et ils s’écroulaient à nouveau ; ni souches, ni racines tout autour auxquelles ils puissent s’accrocher du pied ou de la main ; ainsi, pour tout résultat, ils déboulaient sur la glace lisse et la neige fondante. Il arrivait aussi que les bêtes de somme, au fur et à mesure qu’elles avançaient, entament la couche de neige la plus profonde ; quand elles glissaient, elles la brisaient en profondeur à force de l’entailler à coups répétés de leurs sabots qui cherchaient à s’agripper plus profondément : la plupart – comme si elles avaient des entraves aux pieds – demeurées clouées dans la glace dure et gelée en profondeur » (Tite-Live, 21, 36, 5-8, cité Brizzi, 2000, p. 411).


Imaginons un instant des éléphants et des soldats habitués à la vie dans le nord de l’Afrique ou en Espagne et n’ayant jamais voyagé dans ces circonstances…

La bataille du lac : Hannibal face à Rome

Parvenu dans la vallée du Pô, en Italie, il finit par détruire les cités qui lui résistaient . Le consul Publius Sciption vient le voir et se décide à l’affronter directement et c’est au début une victoire pour Hannibal, les renforts romains arrivent et la guerre débute réellement. L’objectif était d’empêcher Hannibal de rentrer dans le centre de l’Italie. La situation des romains est catastrophique, les deux consuls en place ne parviennent pas à arrêter Hannibal et face à cette situation dangereuse pour Rome, un dictateur est nommé à leur place : il s’agit de Quintus Fabius Maximus qui a toute autorité sur l’armée. Face à l’avancée d’Hannibal, il décide de fatiguer les forces de son ennemi par des combats à la marge. Surnommé Cunctator (le temporisateur) pour sa sagesse, En 216, deux nouveaux consuls sont nommés et rompent avec la logique de Fabius Maximus. Ils engagent une bataille dans la vallée des Pouilles et l’armée romaine subit une nouvelle défaite en raison d’un manque de stratégie. L’objectif est, cette fois, d’affronter Hannibal directement.

La bataille de Cannes, un événement marquant de l’histoire romaine

La bataille de Cannes, le 2 août 216, est un épisode particulièrement marquant dans l’histoire Romaine et constitue un épisode qui a traumatisé les générations futures tant les pertes romaines ont été importantes en raison d’un manque de cohérence des armées. Tite-Live raconte la fin de la bataille :

Déjà aussi à l’aile gauche romaine, où les cavaliers alliés faisaient face aux Numides, le combat s’était engagé, lent d’abord, et commencé par une ruse digne des Carthaginois. Environ cinq cents Numides qui portaient, en dehors de leurs armes habituelles, défensives et offensives, des glaives cachés sous leur cuirasse, ayant, comme s’ils désertaient, quitté les leurs, le bouclier sur le dos, et galopé jusqu’à l’ennemi, sautent brusquement de cheval, et, jetant boucliers et javelots aux pieds des Romains, sont reçus au milieu de leurs lignes et conduits au dernier rang, avec l’ordre de rester là derrière. Tandis que le combat s’engageait de tous côtés, ils restèrent tranquilles mais quand tous les esprits, tous les yeux furent occupés de la bataille, alors, saisissant les boucliers étendus çà et là à terre parmi les monceaux de morts, ils attaquent par derrière les lignes des Romains, et, les frappant dans le dos, leur coupant les jarrets, en font un grand massacre, et provoquent une peur et un désordre encore bien plus grands. Comme il y avait, chez les Romains, ici la terreur et la fuite, là une lutte acharnée mais déjà sans grand espoir, Hasdrubal (général carthaginois), qui commandait de ce côté, retirant du centre les Numides, parce qu’ils combattaient mollement ceux qui leur faisaient face, les envoie çà et là poursuivre les fuyards, et adjoint les cavaliers espagnols et gaulois aux Africains, déjà plus fatigués, ou presque, de tuer que de combattre. (Tite-Live, livre XII (en ligne)

En résumé, lors de la bataille de Cannes, sur 80 000 soldats romains, 40 000 ont été tués, ainsi que Paul-Emile, l’un des consuls. 20 000 ont été capturés et 15 000 ont été ramenés à Rome par Varron, l’autre consule. La ville était sous la domination de Carthage et tout semblait perdu pour Rome. En parallèle, avec la mort d’Hiéron II (cf. post précédent), Syracuse tombe aux mains des carthaginois. tout comme Tarente, grâce au soutien de Philippe V de Macédoine. Pour rappel, ces villes ont fait l’objet de la première guerre punique et représentaient un enjeu stratégique majeur en raison de son accès à l’Adriatique.

La stratégie de temporisation développée par Fabius Cunctator est reprise et l’enjeu est de modérer le combat, de retrouver des soldats et de recruter des légions nouvelles. Dès 212, les hostilités reprennent : nous sommes 4 ans après la bataille de Cannes.

212 marque l’année de la conquête de l’Espagne par Scipion l’Africain


La République Romaine passe à l’offensive sur tous les fronts sur lesquels sont Hannibal : que ce soit su l’Adriatique, sur des alliances entre Rome et des villes d’Asie Mineure et Syracuse est reprise en 211. Pour l’anecdote, qui fut une grosse perte pour la science, la prise de Syracuse se traduit par la mort d’Archimède, le célèbre scientifique. Les villes de Capoue et de Tarente sont ensuite reprises et la famille Scipion – que l’on retrouvera ultérieurement – joue un rôle important sur différents plans. En Espagne d’abord, les Scipion parviennent à retourner la situation en faveur de Rome. Conelius Scipion, l’aîné, était notamment un admirateur d’Alexandre le Grand et a tenté d’adapter ses techniques à la reprise de l’Espagne. Reprenant la technique d’Hannibal pour ses propres batailles, il parvient à remporter de nombreux succès en Espagne. Il est alors nommé pro-consul d’Espagne. Il doit cependant affronter à Hasdrubal Barca qui, encerclé par les Romains, finit par trouver la mort en 207.

Scipion, de son côté, parvient à s’emparer d’une grosse partie de l’Espagne et débarque en Afrique en 204. Les Romains réussissent à prendre Utique (au nord de la Tunisie actuelle) et progressent sur le sol africain.

La bataille de Zama (202 av. J-C) et la fin de la deuxième guerre punique

La bataille de Zama, survenue en 202 av. J.-C., marque la fin de la Seconde Guerre punique et la victoire de Rome sur Carthage. C’est sur les plaines d’Afrique du Nord que Scipion l’Africain affronte Hannibal, contraint de quitter l’Italie pour défendre sa patrie. Si Carthage aligne encore des éléphants et une armée aguerrie, c’est la supériorité tactique de Scipion — notamment son usage habile de la cavalerie numide commandée par Massinissa — qui permet aux romains d’emporter la victoire. Hannibal, subit sa première grande défaite en champ ouvert. Cette victoire romaine ne met pas seulement fin à la guerre : elle inaugure l’ascension incontestée de Rome comme puissance méditerranéenne et le déclin irrémédiable de Carthage.

De leur côté les Carthaginois craignent pour Carthage et finissent par chercher la paix : pour la négocier, Scipion demande des conditions importantes : Rémission ; Le rappel en Afrique des troupes d’Hannibal ; Carthage devait livrer sa flotte ; Livrer ses éléphants ; Ses positions en Espagne ; Les prisonniers romains devaient être restitués ainsi que les déserteurs ; Carthage devait s’engager à payer sur 50 ans un tribut correspondant à une somme trois fois supérieure au traité de paix précédent ; Il fallait également que Carthage renonce à des opérations militaires sans l’aval de Rome.

Cartnhage est donc devenu le vassal de Rome, ce qui donne une situation compliquée pour cette Cité. Pour autant, deux personnages se distinguent de cette histoire :

– Hannibal est envoyé en Syrie puisque la lutte contre Rome a été un échec
– Scipion, grâce à ses succès, faisait croire à une ascendance divine Mais à la fin de la seconde guerre punique, Scipion qui est devenu Scipion l’Africain, se prépare à une ambition que Rome n’a jamais connue jusque-là.

Source : https://www.youtube.com/watch?v=xZWaFvLot6k&ab_channel=EpicTeachingofHistory

Soixante ans après, la troisième guerre punique (149-146 av. J-C)

En 149, Carthage n’était plus l’empire qu’il avait été autrefois. Mais l’image d’Hannibal et la perspective que l’empire carthaginois puisse se reconstruire un jour et devenir l’équivalent de Rome sur l’Afrique inquiétait les Romains. Pour certains, Carthage pouvait s’emparer des terres africaines. Si certains étaient réservés sur une nouvelle attaque de Carthage, Caton l’Ancien souhaitait en finir avec Carthage.

Caton l’Ancien et la déclaration de guerre à Carthage

Caton l’Ancien (234-149 av. J-C) était soldat durant la deuxième guerre punique, mais il s’est fait surtout connaître dans la guerre contre Antiochos III et il est devenu un personnage de premier plan à Rome. Il avait coutume de finir ses discours par : « Ceterum censeo Carthaginem esse delendam » (c« En outre, je suis d’avis qu’il faut détruire Carthage »). Par ailleurs, une anecdote est rapportée par Pline l’Ancien pour justifier la déclaration de guerre :

Brûlant d’une haine mortelle contre Carthage, inquiet pour la sécurité des futurs Romains, et s’écriant, à chaque séance du Sénat, qu’il fallait détruire Carthage, Caton apporta un jour à la cuirie une figue précoce de cette province et, la montrant aux sénateurs : « Je vous demande, dit-il, quand vous pensez que ce fruit a été cueilli à l’arbre. » Tous convenant qu’il était frais : « Eh bien, sachez qu’il a été cueilli à Carthage il y a trois jours, tant l’ennemi est près de nos murs ». Et l’on entrepris aussitôt la troisième guerre punique qui détruisit Carthage, bien que Caton fut décédé l’année suivante » (Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XV, 20, cité dans Rome par les textes, 2023, pp. 123-124).

Quoiqu’il en soit, malgré les oppositions, c’est la position de Caton l’Ancien qui l’emporte et la guerre est déclarée en 149. Rome impose à Carthage de livrer trois cents otages ainsi que tout son arsenal militaire. Par ailleurs, le Sénat romain imposait d’abandonner leur ville et d’en fonder une autre à dix milles de la mer. Les Carthaginois refusent et durant deux ans, Carthage est assiégée. Pendant ce temps-là, le jeune Scipion Emilien, descendant de la grande famille des Scipion (185-129), est élu consul au Sénat. Il s’était déjà distingué en Espagne et en Afrique et, d’après Macrobe, il a eu recours à une cérémonie pour en appeler aux divinités afin de leur demander d’arrêter de protéger Carthage, comme cela avait déjà été fait plusieurs siècles auparavant. Scipion, en 146, parvient à franchir la zone portuaire et c’est le début de l’assaut de la citadelle de Byrsa, cœur de Carthage. Les rues et les villes sont incendiées dans tous les sens et les transfuges italiques se laissent mourir dans les flammes. C’en est fini de Cartage et, selon la légende, Scipion Emilien versa des larmes pour la destruction de la ville.

Pourquoi Scipion pleure-t-il face à Carthage ?

Comme le rapporte Appien, dans les Guerres puniques :

Scipion voyait une ville qui, florissante durant sept siècles à dater de sa fondation avait étendu son pouvoir sur tant de terres, de mers et d’îles, qui avait possédé autant de navires, d’éléphants et d’argent que les plus grands empires, mais les avait dépassés de beaucoup par son audace et son ardeur, elle qui, même dépouillée de tous ses navires et de tout son armement, n’en avait pas moins soutenu, trois années durant, une guerre d’une telle ampleur et une famine si sévère : une ville dont la destinée s’achevait définitivement par un désastre complet. Alors, dit-on, Scipion fondit en larmes, laissant voir qu’il pleurait sur l’ennemi. Puis il médita longuement en lui-même, ayant pris conscience qu’il faut qu’une puissance divine fasse traverser aux cités (poleis), aux peuples (ethnè) et aux royaumes (archai), tous autant qu’ils sont, des mutations comparables à celles que connaissent les simples particuliers, et que tel fut le sort d’Ilion, ville jadis fortunée, tel aussi celui des Assyriens, des Mèdes et des Perses qui, après ceux-ci, furent une très grande puissance et tel celui des Macédoniens dont l’empire avait brillé naguère du plus vif éclat. Tournant les yeux vers l’historien Polybe, il dit, soit à dessein soit que ces vers lui eussent échappé : « Un jour viendra où la sainte Ilion aura vécu, et Priam, et les guerriers de Priam à la bonne lance de frêne ». [Il. VI. 448-449] 630. Et comme Polybe l’interrogeait sans ambages, puisqu’il était aussi son maître, sur le sens de ses paroles, on dit qu’il ne se retint pas de prononcer clairement le nom de sa patrie pour laquelle, eu égard aux vicissitudes de la condition humaine, il éprouvait sans doute des craintes. Voilà ce qu’écrit Polybe, qui entendit personnellement ces paroles. (Appien, Guerres puniques, cité ici)


Scipion Emilien donna la bibliothèque de la ville à la famille régnante hellénisée et les territoires encore en possession de Carthage furent annexés par Rome et agrandirent la province d’Afrique.

Suite à la troisième guerre punique, l’expansion romaine était très importante :
– La Macédoine et la Grèce sont conquises en 146
– L’Asie Mineure et la Gaule méridionale sont également conquises
– Les Ptolémées d’Egypte acceptaient le protectorat romain ; le royaume de Syrie (qui posait tant de soucis avec Antiochos III) se désagrégeait et à l’ouest, les Juifs eurent leur autonomie.

Sources :

Hinard F. Histoire Romaine Tome I, Paris, Fayard, 2000
Laigneau- Fontaine S., Rome par les textes, Anthologie
Hinard F. Histoire Romaine Tome I, Paris, Fayard, 2000
Laigneau- Fontaine S., Rome par les textes, Anthologie
Gaillard J. et Martin R., Anthologie de la littérature latine, Paris, Folio, 2005
Collectif, Rome par les textes, Paris, Le livre de poche, 443 p.
in Histoire Romaine Tome I, ss. la dir. de F. HinardParis, Fayard, 2000, pp. 293-336
Jerphagnon L. Histoire de la Rome antique in in Histoire Romaine Tome I, ss. la dir. de F. Hinard, in Histoire Romaine in Tome I, ss. la dir. de F. Hinard, Paris, Fayard, 2000 Paris, Fayard, 2000, pp. 402- 441
Tite-Live, Hannibal est à nos portes, Paris, Gallimard, 1964
Laigneau-Fontaine S., Rome par les textes, Paris, Le Livre de Poche, 2000

Laisser un commentaire