
L’Histoire Auguste, un texte énigmatique de l’Antiquité
L’Histoire Auguste est l’un des textes les plus énigmatiques et controversés de l’Antiquité. Il s’agit d’un recueil de biographies d’empereurs romains couvrant 168 années, de 117 à 285 ap. J.-C., bien que la période allant de 244 à 260 reste lacunaire. La datation de cet ouvrage demeure incertaine : certains chercheurs estiment qu’une partie aurait été rédigée entre 284 et 305, et une autre entre 306 et 337. Il est attribué à plusieurs auteurs supposés — six noms d’écrivains apparaissent — mais leur existence réelle reste sujette à caution. Quoi qu’il en soit, malgré les incertitudes et les inventions qu’il contient, ce texte constitue une source précieuse pour mieux comprendre les vies et les règnes des empereurs romains.
Parmi les figures marquantes abordées dans l’Histoire Auguste, on trouve Caracalla et Géta, deux personnages qui ont récemment regagné l’attention du public à l’occasion de la sortie de Gladiator 2 (que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir).
La vie de Caracalla selon l’Histoire Auguste
Le treizième chapitre de l’Histoire Auguste est consacré à Caracalla. Selon cette biographie, il est le fils de l’empereur Septime Sévère et de Julia Domna, et voit le jour le 4 avril 188 à Lugdunum (actuelle Lyon). À sa naissance, il reçoit le prénom de Bassianus, en hommage à son grand-père maternel. Lorsque son père accède au pouvoir impérial en 193, Caracalla n’a que cinq ans. À l’âge de huit ans, il est proclamé César et adopte le nom de Marc Aurèle Antonin, dans une volonté manifeste de rattacher sa légitimité à celle du célèbre empereur-philosophe.
En 211, à la mort de Septime Sévère, Caracalla devient empereur et règne jusqu’à son assassinat, le 8 avril 217. Bien qu’il soit officiellement connu sous le nom de Marc Aurèle Antonin, il est surnommé Caracalla, du nom du manteau long à capuche d’origine gauloise qu’il affectionnait particulièrement.
Le règne de Septime Sévère et de Caracalla sont marqués par la violence
En 198, au cours de la guerre contre les Parthes, Caracalla est élevé au rang d’Auguste, tandis que son frère cadet Géta reçoit le titre de César. En 208, il accompagne son père en Bretagne. Lorsqu’il gouverne seul l’Empire (211-217), Caracalla adopte une posture de chef militaire énergique. Il mène des campagnes sur le Rhin et en Rhétie (213), puis sur le Danube, en Mésie et en Thrace (214), avant de se rendre en Orient pour imiter les exploits d’Alexandre le Grand. Il conquiert la haute Mésopotamie et établit ses quartiers à Édesse.
L’événement le plus célèbre de son règne reste l’assassinat de son frère Géta en 212, perpétré en sa présence et sur son ordre, dans le palais impérial. Après ce fratricide, Caracalla organise une purge sanglante contre les partisans de Géta, faisant exécuter et confisquer les biens de nombreux hauts personnages.
L’autre décision majeure de son règne est l’édit de 212, également connu sous le nom de Constitutio Antoniniana, par lequel il accorde le droit de cité romaine à tous les hommes libres de l’Empire, un acte sans précédent dans l’histoire romaine.
La fin de Caracalla
À l’âge de quatorze ans, Caracalla épouse Plautille, fille du puissant préfet du prétoire Plautien. Mais trois ans plus tard, Plautien est exécuté sur ordre de Septime Sévère. Plautille et son frère sont alors exilés puis mis à mort après la disparition de Septime Sévère. Caracalla ne se remarie pas et entretient une relation très étroite avec sa mère, Julia Domna, ce qui donnera lieu à des rumeurs d’inceste.
Caracalla meurt à l’âge de vingt-neuf ans, victime d’un complot ourdi par Macrin, préfet du prétoire. L’assassinat se déroule en Haute Mésopotamie, alors qu’il s’était arrêté sur le bord de la route pour uriner. Le meurtrier, un soldat nommé Martialis, le poignarde à mort.
Selon son biographe dans l’Histoire Auguste, Caracalla est présenté comme un souverain cruel et sanguinaire, capable de feindre le chagrin pour mieux dissimuler ses crimes. Il n’hésite pas à éliminer tous ceux qu’il juge suspects ou indésirables, et à se venger brutalement de ses ennemis. L’auteur mentionne plusieurs anecdotes illustrant la folie et la brutalité de l’empereur, comme ses massacres ordonnés sur un simple caprice ou ses décisions prises sous l’emprise de la colère.
On condamna à mort ceux qui avaient uriné là où se trouvaient des statues ou des bustes de l’empereur ou qui avaient enlevé les couronnes de ses bustes pour les remplacer par d’autres ; on condamna également ceux qui portaient autour du cou des amulette contre la fièvre quarte et la fièvre tierce (V, 7).
Au final, l’image de Caracalla n’est pas des plus flatteuses :
Quoi qu’il en soit, ce prince qui fut le plus cruel des hommes et, pour tout résumer en une formule, un fratricide et un incestueux, ennemi de son père, de sa mère et de son frère, fut placé au rang des dieux par Macrin, son meurtrier, qui redoutait les réactions des soldats et spécialement des prétoriens (X, 5).
Qui était Géta ?
Mais Géta, dans tout cela ? Si l’on sait qu’il a été tué par son frère, quel fut réellement son rôle ? Né en 189, il est nommé César en 198, devient Auguste en 209 et meurt assassiné en 212 sur ordre de Caracalla. Il semblerait, contrairement à ce que rapporte l’Histoire Auguste, que son nom ait été méthodiquement effacé de la mémoire collective après sa mort. Caracalla fit exécuter ceux qui avaient été ses amis ou entretenu des liens avec lui. Selon Dion Cassius, les poètes n’avaient même plus le droit de faire allusion à lui, et son nom fut effacé des inscriptions et des statues.
D’après la Vie de Géta dans l’Histoire Auguste, « il n’y a pas grand-chose à dire sur la vie de cet homme qui fut arraché au monde avant d’avoir pu partager avec son frère le trône impérial ». On y raconte que Caracalla l’aurait violemment jeté à terre alors qu’il n’était encore qu’un bébé. Plus tard, Géta est présenté comme un homme glouton et violent, mais qui tentait de préserver les victimes des exécutions ordonnées par son père — ce qu’il aurait parfois réussi à faire. Passionné par les auteurs anciens, il était, semble-t-il, le préféré de sa mère, ce qui nourrissait la jalousie de Caracalla.
Une anecdote rapportée lui prête une étrange manie : celle de demander à ses cuisiniers de préparer des plats dont le nom commençait toujours par la même lettre — anser (oie), apruna (sanglier), anas (canard), ainsi que du poulet, de la perdrix ou du paon… Mais malgré ces caprices de table, son destin fut scellé : il finit par être assassiné, comme nous l’avons vu précédemment.
Pour avoir une autre approche, cf. l’excellent texte paru sur Clionautes


Laisser un commentaire