Résumé détaillé du Livre α de la Métaphysique d’Aristote : les méthodes d’Aristote pour atteindre la vérité

Résumé détaillé du Livre α de la Métaphysique d’Aristote : les méthodes d’Aristote pour atteindre la vérité

Pour comprendre ce qui va suivre, il est préférable de lire la publication consacrée (partiellement) au livre A de la Métaphysique disponible au lien suivant (ici).

  1. La philosophie est la science de la vérité
  2. La recherche des causes ne peut aller à l’infini
  3. Les différents modes d’argumentation
  4. Sources :

La philosophie est la science de la vérité

« L’étude de la vérité est d’un côté difficile, de l’autre facile » nous explique Aristote au tout début du Livre α de la Métaphysique. Il faut comprendre par là que la vérité peut être atteinte de manière partielle sur un sujet donné (tout le monde peut y parvenir), mais c’est également difficile car on ne peut la posséder en entier : il nous manque systématiquement des parties de vérité, on ne peut la posséder intégralement. Pour expliquer ce point qui paraît contre-intuitif, Aristote a recours à une analogie :

Le rapport des yeux des chauves-souris à la lumière du jour est le même que celui de l’intelligence de notre âme aux choses les plus manifestes de toutes par nature. Non seulement il est juste d’être reconnaissant envers ceux dont on peut partager les opinions, mais même envers ceux qui expriment des avis plus superficiels, car eux aussi ont apporté une contribution, puisqu’ils ont exercé avant nous leur compétence [993b 10-15]

Pour revenir sur le livre A de la Métaphysique, Aristote explique que « tous les humains ont par nature le désir de savoir ». Si on relie ce passage à ce qui est développé dans le paragraphe cité ci-dessus, cela signifie que nous sommes constamment à la recherche de la vérité sur un fait donné. Or, celle-ci ne sort pas de nulle part : elle est le fruit d’opinions que l’on va partager avec d’autres dans nos interactions – ce qui est source de plaisir – et de connaissances qui ont été élaborées par d’autres auparavant. Or, le fait qu’un tel ait dit quelque chose qui nous semble imparfait nous pousse à développer un esprit critique et à affiner notre recherche de la vérité sur un sujet donné. C’est pourquoi Aristote écrit quelques lignes plus loin que la philosophie est science de la vérité, car l’accomplissement de la science théorique est vérité, celui de la science pratique est œuvre.

Il est alors nécessaire de rappeler un point important : Aristote distingue les sciences théoriques (la métaphysique par exemple) des sciences pratiques (la politique, l’éthique). Faire de la philosophie, c’est donc rechercher des vérités abstraites et cela passe par l’étude de leurs causes. « Nous ne connaissons pas le vrai sans la cause » : là encore, dans le livre A de la Métaphysique, Aristote distingue quatre types de causes : les causes matérielle, formelle, efficiente et finale. Ainsi, par exemple, si on remonte à la cause de la chaleur, on va trouver le feu qui est l’un des quatre éléments : sans feu, il n’y a pas de chaleur.

La recherche des causes ne peut aller à l’infini

Dans un deuxième temps, Aristote montre que la recherche des causes ne peut aller à l’infini : il ne s’agit pas de trouver des causes physiques mais des causes logiques. Aristote soutient qu’il existe une cause première à tout phénomène, un peu comme le feu qui est à l’origine de la chaleur. Aristote soutient en fait la thèse qu’il doit y avoir un « premier principe » ou une première cause qui n’est pas elle-même causée par autre chose. De même, il y a une fin définie (la cause finale) qui ne peut pas être infinie :

De même, la fin ne peut pas non plus aller à l’infini : la marche pour la santé, la santé pour le bonheur, le bonheur pour autre chose et ainsi toujours une chose pour une autre [994a 5-10].

Il y a donc un premier principe à tout ce qui existe qui n’est pas lui-même causé par autre chose. Aristote explique que l’homme vient de l’enfant et l’enfant est le premier principe de l’homme par exemple, mais il n’y a rien avant. Il explique également :

Entre l’être et le non-être, il y a la génération, de même aussi il y a ce qui vient à être entre ce qui est et ce qui n’est pas, car celui qui apprend devient savant ; et c’est ce que veut dire que le savant vient à être de celui qui apprend [994a 25-30]

Autrement dit, les choses ne viennent pas de nulle part et ont un principe premier, comme le fait « d’apprendre » qui nous rend savant. Mais ce mouvement n’est pas infini car, comme le dit Aristote, il existe des intermédiaires qui ont « un accomplissement » (le maître qui transmet son savoir à l’élève, le savoir du maître n’est pas infini) et il y a « réversibilité » : lorsque le maître a transmis son savoir, il n’a plus rien à apprendre à son élève.

Aristote prend ensuite l’exemple de l’infini : on peut le penser, mais on ne peut pas compter les points qui composent indéfiniment une ligne. Son « être » n’est donc pas infini.

Les différents modes d’argumentation

Le succès des leçons dépend des habitudes, car nous trouvons von qu’on nous parle comme nous en avons l’habitude ; ce qui rompt avec les habitudes ne paraît pas avoir la même valeur, mais être plus inintelligible et plus étrange par manque d’habitude, car l’habitude est familier [995a 1-5].

Ici, Aristote nous amène à nous interroger sur la méthodologie par laquelle on acquiert des connaissances. Apprendre à partir de choses dont on n’a pas l’habitude n’est pas évident et demande un effort particulier : « Les uns veulent un discours rigoureux en tout, mais la rigueur ennuie les autres, soit parce qu’ils ne peuvent suivre, soit parce qu’ils y voient de la petitesse d’esprit » [995a 10]. Si l’on veut atteindre la vérité, et donc faire de la philosophie, il faut de la rigueur et cela passe par l’importance de la démonstration et de la logique. Cela nécessite de l’instruction et chaque outil méthodologique démonstratif permet de remonter à la cause première. Ainsi, à la manière d’une boîte à outils méthodologique, il faut pouvoir utiliser le raisonnement adapté à une situation donnée. C’est pourquoi Aristote écrit :

C’est pourquoi il faut avoir été instruit de la manière dont il faut accueillir les arguments en chaque science, tant il est absurde de chercher en même temps la science et le mode d’argumentation de la science : ni l’une ni l’autre n’est facile à saisir [995a 15].

Il prend l’exemple de la rigueur mathématique qui doit être observée « dans les objets qui n’ont pas de matière » tandis que la rigueur en physique repose sur la nature, qui, elle, à une matière (c’est-à-dire le support physique sur lequel on s’appuie). Autrement dit, le discours argumentatif doit être calibré en fonction de la science qui nous intéresse. C’est ainsi que dans le premier livre de la Physique, Aristote écrit :

Puisque connaître en possédant la science résulte, dans toutes les recherches dans lesquelles il y a des principes, des causes ou des éléments, du fait que l’on a un savoir de ces principes, causes ou éléments (en effet, nous pensons savoir chaque chose quand nous avons pris connaissance de ses causes premières, les premiers principes et jusqu’aux éléments), il est évident que pour la science portant sur la nature aussi il faut s’efforcer de déterminer ce qui concerne les principes [184a10-15].

En résumé, le livre α de la Métaphysique est la poursuite du Livre A et se veut être une introduction à la philosophie théorique d’Aristote : cela passe par la recherche de la vérité que l’on va retrouver dans les causes premières, mais cela nécessite également un degré de rigueur spécifique en fonction de ce qui nous intéresse.

Sources :

Aristote, Oeuvres complètes, 2022, Paris, Flammarion
– Métaphysique, Livre α
– Physique

Une réponse à « Résumé détaillé du Livre α de la Métaphysique d’Aristote : les méthodes d’Aristote pour atteindre la vérité »

  1. Salutations. Je ne connais pas le français (mais l’anglais) pour vous lire, mais Aristote est un morceau appétissant et je reviendrai vous lire : les sujets abordés sont très appétissants!

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