« L’athée vertueux » : la tolérance envers les athées au XVIIe siècle dans les écrits de Pierre Bayle (1647-1706)

John Locke, nous l’avons vu ailleurs, refuse la tolérance aux athées sous prétexte qu’ils remettraient en cause la stabilité de l’Etat. Pierre Bayle, philosophe français, est pour la tolérance envers les athées. En fait, il s’attaque aux croyances selon laquelle l’athéisme serait immoral. Dans une perspective religieuse, l’athéisme est immoral parce que l’absence de croyance en une force transcendante ne constitue pas un frein aux passions et peut entraîner la fin de la société civile. Pierre Bayle balaie cet argument en montrant que l’athéisme est tout à fait compatible avec la vertu et le bien public : « Toute la question est de savoir comment une unité politique est possible indépendamment de l’unité religieuse comme de toute religion » (Saada-Gendron, 2017, p. 133). Nos actions ne sont donc pas motivées par les occasions et pas par des principes généraux transcendants. Pour Bayle, athées et chrétiens agissent en fonction de leurs intérêts immédiats et il est absurde de condamner l’athéisme. Il n’y a donc pas besoin de croire en une vérité divine pour pratiquer la vertu. Pour être vertueux, on va chercher l’approbation des autres et se comporter par rapport aux « lois de l’honneur et de la bienséance ». En ce sens, que l’on soit athée ou chrétien n’a aucune importance. Dans les Pensées diverses sur la comète, P. Bayle écrit :

On voit, à cette heure, combien il est apparent qu’une société d’athées pratiquerait les actions civiles et morales, aussi bien que les pratiquent les autres sociétés, pourvu qu’elle fît sévèrement punir les crimes, et qu’elle attachât de l’honneur de de l’infamie à certaines choses (Bayle, in Saada-Gendron, 2017, p. 135).

Dans l’argumentation de P. Bayle, ce qui compte est donc le respect d’une vertu publique qui n’est pas uniquement conditionnée par la religion. Les athées peuvent tout aussi bien « s’opposer à l’injustice, être fidèles à leurs amis, mépriser les injures » que les chrétiens. Il est donc absurde de ne pas les tolérer. En revanche, la tolérance observe certaines limites :
L’intolérance, qui est un empiètement illégitime du souverain dans le domaine des consciences (Id, p. 135)
La « non-tolérance », visant au contraire la préservation du bien public. Dans son essai intitulé De la tolérance, prend l’exemple de « toute secte » qui s’en prend aux lois des sociétés, et qui rompt le lien de la sûreté publique, en excitant des séditions, et en prêchant le vol, le meurtre, la calomnie, le parjure, mérite d’être incessamment exterminée par le glaive du magistrat » (cité par Saada-Gendron, 2017, p. 135). L’intolérance doit être condamnée, mais la non-tolérance conditionne la tolérance puisqu’elle a un rôle dans la définition de ce qui est vertueux ou non.

Source :

Saada-Gendron J., La tolérance, Paris, GF Flammarion, 2017

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