
- Livre X : La destinée de Pâris
- Livre XI : Les Achéens supérieurs aux Troyens ?
- Livre XII : La construction du Cheval de Troie
- Livre XIII : Le sac de Troie
- Livre XIV : Le départ et la colère d’Athéna et de Poséidon
A noter : N’ayant pas le troisième volume de la Suite d’Homère en version papier, je m’appuie sur la version Internet disponible sur le site de Philippe Remacle disponible au lien suivant (ici). Il s’agit d’une traduction datée de 1800, mais j’essaierai de faire en sorte que la présentation soit concordante avec les deux précédentes.
Note : Pour un résumé complet de l’Iliade, de l’Odyssée et des textes relatifs à Troie, voir : https://lesitedushifa.fr/a-la-decouverte-du-cycle-troyen/
Livre X : La destinée de Pâris
Alors que les Troyens sont occupés à brûler les corps de leurs guerriers, les Achéens accompagnés de Philoctète approchent. Polydamas leur conseille de rester sur les remparts de Troie pour fatiguer les Achéens et de ne plus sortir de la ville. Enée, en désaccord avec cet avis, redoute le risque de famine si la ville est assiégée. Zeus, en haut de l’Olympe, encourage les deux parties à en finir et la guerre reprend avec Philoctète protégé par une armure réalisée par Héphaïstos. Pâris marche contre lui et tire avec son arc sur Philoctète. Philoctète réplique en ajustant son arc contre lui et l’injuriant :
« Misérable! cria-t-il, ta perte est assurée dès que tu oses paraître devant moi; enfin vont cesser les malheurs de tant de citoyens qui souffrent pour ta cause. Ta mort va finir une guerre qui leur a coûté trop de sang. »
La flèche ne fait qu’effleurer Pâris et la seconde le transperce mais le laisse en vie. Il est donc obligé de quitter le champ de bataille. Les Troyens finissent par se replier dans la ville et les Achéens retournent à leurs navires. Pâris, blessé, ne peut trouver de repos et ne peut pas être guéri. Il se rend alors auprès d’Œnone, sa première femme, et lui demande si elle peut le sauver, ce à quoi elle répond :
« Quoi ? tu oses soutenir mes regards, toi qui m’abandonnas à mes gémissements, dans un palais isolé, pour voler entre les bras de l’heureuse fille de Tyndare; elle fait tes délices, parce qu’elle a sur moi l’avantage de la beauté, dont l’éclat, dit-on, ne doit jamais être terni par les rides de la vieillesse. Va donc porter à ses genoux tes inutiles prières; arrose ses pieds des faibles larmes, que tu verses en vain pour m’attendrir. Que n’ai-je plutôt la rage d’une bête féroce pour déchirer tes membres, et m’abreuver de ton sang? S’assouvirais ma juste fureur; je me vengerais des chagrins que tu m’as fait éprouver. Insensé ! où est la belle déesse de Cythère? où est l’invincible fils de Cronos; et comment a-t-il oublié un gendre chéri ? Invoque les, et qu’ils viennent à ton secours; mais n’attends rien de moi : sors de ce palais ! monstre détesté dé la terre et du Ciel, homme impur ! dont le crime afflige les Immortels mêmes, de la perte de leurs propres fils, et des héros issus de leur sang: sors te dis-je, va prier Hélène; gémis nuit et jour auprès d’elle; baigne sa couche de tes larmes, jusqu’à ce qu’elle ait fermé la plaie dont les douleurs te déchirent ».
La vue de Pâris se traînant dans le palais satisfait Héra qui le haïssait en raison de son choix lors de l’épisode de la Pomme de la discorde. Au final, Pâris meurt sur les monts de l’Ida et Hélène perd son mari. Hécube, apprenant la nouvelle, est très attristée et se rend compte que la fin de Troie est proche. Hélène, de son côté, est également en deuil et la mort de Pâris signifie, pour elle, la ruine de Troie. Un bûcher est allumé et Œnone se jette dedans avec Pâris.
La flamme active eut bientôt dévoré les deux corps, et ne laissa que le roc où avait été dressé le lit funèbre. Alors les bergers éteignirent avec du vin le feu du bûcher; les cendres de Pâris et d’Œnone furent déposées dans une urne d’or; le tombeau qui devait contenir ce vase précieux, fut érigé à la hâte, et on éleva deux colonnes à chaque côté du monument.
Livre XI : Les Achéens supérieurs aux Troyens ?
Les Achéens apprennent la mort de Pâris et la bataille continue, les Achéens faisant de nombreux morts chez les Troyens. Apollon descend de l’Olympe pour sauver Enée dont la destinée n’est pas de mourir à Troie. Il l’encourage également en lui donnant plus de forces et l’armée Achéenne est « réduite en pièce ».
Ceux d’entre les Argiens que le fer a épargné, cherchent leur salut dans la fuite; comme les troupeaux timides s’échappent à l’aspect des lions féroces; mais le redoutable fils d’Anchise les poursuit, la lance à la main. Eurymaque les presse avec une égale vivacité. Apollon satisfait contemple les succès brillants des deux princes Troyens; tel un colon vigilant se réjouit, lorsque ses chiens vigoureux et dociles fondent sur les pourceaux avides qui ravagent un champ couvert d’épis, et les éloignent par des morsures continuelles.
Mais les Achéens font demi-tour et un les armées se repoussent mutuellement mais Athéna fait pencher la balance en faveur des Achéens, ce qui leur donne un avantage important sur les Troyens.
Un petit nombre de Troyens échappés au massacre, rentrent dans la Ville où leurs femmes et leurs enfants, s’empressent de les décharger du poids de leur armure ensanglantée, et leur préparent des bains tièdes. Ceux qui possédaient l’art de guérir, suffirent à peine à panser un si grand nombre de blessés. Ici une famille éperdue cherche à soulager un père; là des femmes éplorées, appellent en vain leurs époux tués dans la mêlée. Ailleurs, des guerriers tourmentés par la douleur, exhalent de continuels soupirs, et refusent toute nourriture. D’un autre côté les coursiers pressés par la faim, font entendre des hennissements répétés. Les mêmes soins occupaient les Argiens dans leur camp et sur les vaisseaux.
Le lendemain, les Achéens sont de nouveaux prêts à combattre et Ulysse suggère aux soldats de mettre les boucliers au-dessus de leurs têtes et d’avancer de cette manière. Les jets de pierre, les javelines et les flèches n’ont plus aucun effet sur les Achéens grâce à ce stratagème et les soldats reviennent auprès des murs de Troie. Zeus envoie la foudre et Enée rompt la ruse d’Ulysse. Ajax le Petit tire et tue de nombreux Achéens sur les remparts de Troie. Philoctète décoche une flèche contre Enée mais elle est détournée et ne fait qu’effleurer son armure et va se planter dans Ménon. Enée, pour venger son ami, lance une pierre contre le compagnon de Philoctète et le tue d’un coup. Philoctète le défie alors :
Philoctète transporté de colère contre Énée: « Homme faible, lui crie-t-il, penses-tu nous faire admirer ta bravoure, en combattant sur les remparts où des femmes mêmes peuvent se montrer impunément. Si le courage guide tes pas, prends ta lance et tes flèches, descends et viens te mesurer avec le fils de Pœan ».
Le sage Enée ne répondit rien à ce défi, il avait à défendre, et les tours et la ville contre les Grecs, dont les efforts quoique impuissants ne permettaient pas aux Troyens un seul moment de repos.
Livre XII : La construction du Cheval de Troie
Devant l’impuissance à percer les remparts Troyens, les Achéens se réunissent autour de Calchas, le devin. Il suggère de ne plus combattre au pied des remparts mais de trouver une autre ruse. Ulysse suggère alors de détruire la ville par la ruse :
il faut que nos chefs montent rapidement dans les flancs d’un cheval fabriqué par nous, tandis que l’armée partira pour Ténédos avec les vaisseaux, après avoir incendié les tentes ; les Troyens, du haut de leur ville, nous verront et se répandront sans crainte dans la campagne. Un homme de courage, inconnu des Troyens, restera hors du cheval, animé d’un esprit intrépide ; il dira que les Achéens voulaient l’immoler pour obtenir des dieux un heureux retour, mais qu’il s’était caché sous le cheval fabriqué par nous en l’honneur de Pallas, protectrice des Troyens belliqueux. Voilà ce qu’il répondra à leurs questions répétées ; malgré leur défiance, il faut qu’il les persuade et qu’ils le conduisent grâce à ses plaintes, dans leur ville ; alors il nous donnera le signal de l’ardente bataille, en allumant pour avertir les uns une torche ardente, en appelant les autres pour qu’ils sortent du cheval énorme, quand les fils de Troie dormiront tranquilles».
C’est ainsi que naît la ruse du cheval de Troie, qui, rappelons-le, n’est pas évoquée dans l’Iliade. Néoptolème est en désaccord avec cette idée qu’il trouve lâche et Ulysse lui répond que la ruse ne peut que les aider tant les remparts de Troie sont bien gardés. Athéna vient en aide aux Achéens et le lendemain, ils vont couper des arbres et pendant plusieurs jours, Epéos fabrique le cheval en commençant par les pieds, le ventre, la tête… Et durant ce temps-là, une grande colère éclate parmi les dieux. Certains voulaient détruire le cheval ainsi que les navires achéens tandis que d’autres voulaient le protéger.
Craignant pour eux, l’illustre Thémis ou bien la Sagesse s’élança à travers les nuages et parvint rapidement jusqu’à eux : car seule elle était demeurée loin de ce combat funeste ; et, pour arrêter la lutte, elle dit ces mots :
«Cessez ce combat terrible ! il ne convient pas, contre la volonté de Zeus, que les dieux immortels combattent pour les misérables hommes. Bientôt vous serez anéantis ; car, du haut du ciel, précipitant sur vous toutes les montagnes, il vous accablera du même coup ; il n’épargnera ni ses fils, ni ses filles ; mais tous il vous plongera dans la terre immense ; vous ne pourrez plus voir la lumière, et une triste obscurité vous couvrira pour toujours».
Ils finissent par obéir craignant la colère de Zeus et la construction du cheval est achevée. Ulysse suggère de monter dans le cheval avec quelques guerriers pour rentrer dans la ville. Les autres guerriers doivent faire semblant de partir pendant qu’un Achéen, inconnu des Troyens, amène le cheval près de la ville pour faire croire qu’il s’agit d’une offrande pour Tritonis, une nymphe. Nestor les encourage à faire vite parce que les dieux sont de leur côté. Il explique ne pas pouvoir monter dans le cheval en raison de son âge. Néoptolème lui répond qu’il est plus prudent qu’il se retire. Les Achéens qui montent dans le cheval sont notamment Néoptolème, Ulysse, Diomède, Ajax le Petit, Eurypyle, Thrasymède, Mérion et autant que le cheval peut contenir d’hommes. Pendant ce temps, les autres Achéens reprennent la mer :
Les autres cependant naviguaient sur la vaste mer, après avoir incendié les tentes où jadis ils avaient goûté le repos. Deux hommes sages les commandaient, Nestor et Agamemnon terrible à la lance. Ils auraient voulu aussi monter dans le cheval, mais les Argiens s’y étaient opposés ; ils devaient demeurer sur les vaisseaux et en garder le commandement ; car les guerriers sont plus ardents quand ils sont sous les yeux de leurs princes ; aussi demeurèrent-ils dehors, quoiqu’ils fussent au nombre des rois. Ils arrivèrent bientôt sur le rivage de Ténédos, ils y jetèrent l’ancre, sortirent en hâte de leurs navires et attachèrent à la plage les câbles de leurs vaisseaux. Puis ils attendirent en silence que le flambeau désiré brillât devant leurs yeux.
Voyant cela, les Troyens, prudents, se dirigent vers les rivages et voient qu’il n’y a plus personne. Ils voient aussi le cheval et sont frappés d’étonnement puisque le seul Achéen qui reste est Sinon, qui leur explique que les Achéens fuient lassés de la guerre et qu’ils laissent un cheval en l’honneur de Tritogénie. Il leur fait croire également que sur conseil d’Ulysse, il devait être sacrifié et qu’il a préféré fuir. Un Troyen, Laocoon, n’est pas dupe de la ruse mais cela met Tritogénie en colère qui s’en prend à lui.
Leur esprit, qui penchait vers la ruine, se reprochait d’avoir traité cruellement le malheureux Sinon, et ils pensaient qu’il avait dit la vérité ; ils le conduisirent donc dans la ville de Troie, lui montrant enfin de la pitié. Ensuite, ils se réunirent, entourèrent de chaînes l’immense cheval et le lièrent par le cou ; car l’habile Epéos avait placé des roues sous les pieds robustes, afin que, tiré par les mains des Troyens, il pût les suivre dans la ville.
Laocoon conseille de brûler le cheval mais personne ne l’écoute et il reste au milieu de la ville. Héra et Athéna, satisfaites du spectacle, connaissent la ruse d’Ulysse. Des serpents sont envoyés par Athéna contre les fils de Laocoon. Voyant ces monstres, les Troyens fuient et Laocoon reste seul avec ses fils. Ils se précipitent sur eux avant de disparaître de nouveau. Leur père, devenu aveugle, pleure ses fils mais les Troyens regagnent la ville rassurés.
Seule Cassandre avait gardé sa raison ; jamais ses prédictions n’avaient été démenties ; elles étaient toujours vraies, mais, par une loi du Destin, on les méprisait toujours ; car il fallait que les Troyens périssent. Elle observait dans la ville ces prodiges affreux, qui concordaient ensemble, et elle poussait des cris comme une lionne que, dans les bois, des hommes avides de proie ont blessée ou touchée d’un épieu ; son cœur est irrité ; elle s’élance dans les vastes montagnes, et rien ne peut arrêter sa fureur : telle Cassandre, agitée au fond du cœur par l’inspiration divine, s’élance de sa maison ; ses cheveux ondoyaient sur ses épaules blanches et couvraient son dos ; ses yeux étincelaient fièrement et son cou fléchissait, semblable à un rameau agité par les vents. La noble jeune fille gémissait et disait en criant :
«Malheureux ! nous entrons aujourd’hui dans l’ombre, la ville est pleine de feu, de sang, de ruine ; les dieux nous envoient des prodiges de deuil : nous sommes dans les bras de la mort. Infortunés ! vous ignorez votre destin funeste ! vous vous réjouissez follement ! ce cheval cache un piège ! Mais vous ne m’écoutez pas, même si je crie ; car les Erinnyes, irritées des amours d’Hélène, les Parques sans pitié s’élancent dans la ville. Et, dans un festin de mort, vous goûtez votre dernier repas, souillé de carnage, au bord de la route ouverte aux ombres».
Mais plus d’un Troyen moqueur l’insultait ainsi :
« Ô fille de Priam ! pourquoi ta langue sans frein, ton bavardage insensé ? La pudeur de la jeune fille, pure et douce, ne te retient pas ! Un délire funeste t’égare ; aussi les hommes ne t’honorent-ils jamais ; tu parles trop ! Va-t’en ; cours menacer les Argiens et toi-même. Peut-être subiras-tu un malheur plus terrible que le téméraire Laocoon ; il ne convient pas qu’un fou méprise les dons des immortels».
Elle veut brûler le cheval mais les Troyens l’en empêchent et elle finit par quitter Troie pour aller se réfugier dans les montagnes.
Livre XIII : Le sac de Troie
Pensant que la paix était revenue, les Troyens font la fête et la nuit, Sinon – l’Achéen accueilli par les Troyens – « élève le flambeau funeste qui sert de signal à la flotte des Achéens ». Les Achéens se préparent à revenir en voyant le signal et Sinon leur dit que c’est le moment de sortir du cheval. Les Troyens sont massacrés et la ville est ravagées. A moitié ivres, les Troyens se réfugient au palais de Priam et tuent des pertes parmi les Achéens. Priam demande la clémence de Diomède et ce dernier le laisse en vie. Mais le fils d’Achille tue trois fils de Priam et s’avance d’un air menaçant vers Priam. Le roi lui dit alors :
« Approche, fils du cruel Achille, ne crains pas de m’enlever une vie que moi-même je déteste ; que le Soleil cesse d’éclairer de ses rayons celui qui fut le plus malheureux des rois, qui ne vécut que pour être témoin de la mort violente de ses fils et de toutes les horreurs d’une guerre funeste. Pourquoi mes yeux ne se fermèrent-ils pas à la lumière, avant que je pusse voir mon peuple massacré et ma ville réduite en cendres? que n’ai-je péri de la main de ton père, lorsque je lui portai la rançon des dépouilles de mon fils Hector ? Mais les Parques inexorables avaient ourdi d’une autre manière la trame de mes destinées. Achève leur ouvrage, et que ton bras me précipite aux sombres bords, où j’oublierai enfin les chagrins et les soucis qui empoisonnèrent mes longs et tristes jours ».
« Oui, reprit l’impitoyable Néoptoleme, je ferai ce que ma gloire et mon intérêt me commandent Ma vie m’est trop chère pour laisser respirer le chef de mes ennemis ». Il dit : et tranche la tête du vieillard blanchie par les ans. Elle tombe sous le fer de Pyrrhus, ainsi que l’épi coupé par la faux du moissonneur, et roule loin du corps sanglant qui reste confondu parmi d’autres cadavres étendus sur la poussière.
Ce fut ainsi que Priam perdit avec la vie le souvenir de ses longs malheurs, et tel fut le déplorable sort de ce prince jadis puissant, grand par son origine, comblé des richesses de la fortune, et entouré d’une famille nombreuse. La prospérité des humains est rarement constante. Trop souvent les revers et l’opprobre terminent une carrière heureusement commencée.
D’autres Achéens veulent se venger d’Hector et s’en prennent à son fils ou jettent des enfants du haut des tours. Andromaque, réduite à l’esclavage, demande à être tuée. Enée s’arme et tente de défendre Troie « mais ses armes et son courage furent inutiles ». Il fuit donc sur la mer emmenant son fils avec lui. Visé par les Achéens à coup de flèches, Calchas leur demande d’arrêter puisque c’est la volonté des dieux qu’Enée puisse partir.
Cet illustre fugitif, abandonnant les bords du Xanthe doit un, jour fonder sur les rives du Tibre une ville dont les siècles futurs attesteront la gloire. Il régnera sur un peuple immense, et un prince sorti de son sang, étendra son empire du couchant à l’aurore. Lui-même enfin, placé au rang des Dieux, recevra les honneurs dus au fils de l’immortelle Vénus. Quel crime serait le nôtre, d’attenter à la vie d’un héros, qui, préférant en ce moment à toutes les richesses, et l’auteur de ses jours, et le fruit de son hyménée, vous offre le plus parfait modèle d’un père tendre et d’un fils généreux.
On remarque ici que Quintus de Smyrne respecte la cohérence avec l’Enéide de Virgile.
Les Achéens poursuivent la destruction de Troie et le massacre de ses habitants. Ménélas retrouve Hélène et se prépare à la sacrifier mais Aphrodite arrête son bras et la jalousie et la rancœur disparaissent. Agamemnon lui conseille de ne pas la tuer puisqu’elle a été « plus malheureuse que criminelle » et seul Pâris est responsable de la situation. Les dieux, à l’exception d’Héra, sont tous affligés par la chute de Troie, même Athéna qui était ennemie de la ville de Priam. La ville est incendiée et les derniers Troyens sont égorgés, qu’ils soient soldats ou civils.
Les navigateurs s’approchant des parages de Troie dirent, saisis d’étonnement : « Les Grecs ont donc enfin terminé la guerre désastreuse qu’ils avaient entreprise, pour ravoir cette Hélène si célèbre par sa beauté. La superbe Ilion n’est plus : elle a été réduite en cendres et aucun des Immortels n’a secouru ses habitants infortunés. Ainsi l’impérieux destin se joue des choses humaines ; il se plaît à élever au plus haut degré de gloire et de puissance ce qu’il y a de plus faible, et anéantit ce qui parait grand et durable. Ainsi la vie des hommes et les siècles entiers n’offrent que d’éternelles vicissitudes de biens et de maux, de revers et de prospérités ».
Livre XIV : Le départ et la colère d’Athéna et de Poséidon
Troie est détruite et Ménélas emmène Hélène avec lui. Agamemnon emmène Cassandre tandis que Néoptolème capture Andromaque. Ulysse part avec Hécube endeuillée. Les femmes sont réduites en esclavage, à l’exception d’Hélène qui reste pudique. Remontant sur les bateaux, les Achéens font la fête et sont satisfaits de la fin de la guerre. Ils implorent Zeus d’avoir la joie du retour mais Zeus « ne leur accorda pas à tous ».
Hélène la première adressa ces paroles à Ménélas :
«O Ménélas, ne garde pas de colère contre moi ; ce n’est pas de bon gré que j’ai quitté ta maison et ton lit ; la violence d’Alexandre et les fils de Troie m’en ont arrachée en ton absence ; et moi, je voulais périr d’une mort misérable par un lacet fatal, ou par l’épée meurtrière ; car j’étais bien triste à cause de toi et de ma fille unique. En son nom, au nom de notre hymen, en ton nom aussi, je t’en conjure, oublie le noir chagrin que je t’inspire».
Elle parla ainsi et le sage Ménélas lui répondit :
«Ne me parle plus de tout cela ; réprime tes douleurs ; que les sombres profondeurs de l’oubli les ensevelissent. Il ne faut plus nous souvenir de nos malheurs».
Il parla ainsi ; elle fut saisie de joie, la crainte sortit de son âme ; elle espéra que son mari ne serait plus irrité. Elle l’entoura de ses bras ; de leurs yeux coulaient de douces larmes ; et, livrés à de mutuels embrassements, ils retrouvèrent les souvenirs de leur hyménée. Ainsi le lierre et la vigne entrelacent leurs rameaux, et la force du vent ne peut les détacher; ainsi tous deux se serraient, désireux d’amour. Un tranquille sommeil les saisit enfin.
Pendant ce temps, l’âme d’Achille se penche auprès de Néoptolème et parle à son fils :
«Salut, mon enfant ! N’afflige pas ton cœur de la pensée de ma mort ; je suis le commensal des dieux bienheureux. Cesse donc de me pleurer et ne garde en ton âme que l’ardeur d’un guerrier. Marche toujours en avant des Argiens, ne cède à personne la gloire du courage ; mais dans l’assemblée, montre de la déférence aux vieillards, afin que tous louent ton bon sens. Honore les hommes honnêtes et sages : car l’homme de bien aime l’homme de bien, le méchant aime le méchant. Si tu prends parti pour les honnêtes gens, tu mèneras une vie honnête. On n’arrive pas à la vertu, si l’on n’a pas l’esprit droit ; la vertu est un arbre dont il est difficile d’atteindre le sommet, car ses rameaux touchent le ciel ; mais ceux qui ont force et courage peuvent obtenir ses fruits par leurs efforts, et atteindre la gloire qui le couronne. Sois courageux et sage, que le malheur ne t’abatte point, que la prospérité ne t’aveugle pas ; sois bon pour tes amis, tes enfants, ta femme ; souviens-toi que les hommes ne sont jamais loin des portes de la mort et de la maison des Parques ; ils sont semblables aux fleurs des champs, aux fleurs du printemps ; les uns meurent, les autres naissent. Sois donc toujours bon, et va rappeler aux Argiens, mais surtout à l’Atride Agamemnon, s’ils ne m’ont pas oublié, quels travaux j’ai accomplis autour de la ville de Priam, quel butin j’ai amassé avant d’y aborder en récompense, je veux et désire avant toutes choses qu’on me réserve dans le partage des dépouilles Polyxène au beau péplum et qu’on l’immole à ma mémoire ; je suis irrité contre les Danaens plus que je l’étais pour Briséis ; je troublerai l’eau de la mer, j’exciterai tempête sur tempête, je les punirai de leur oubli, et je les condamnerai à rester sur ce rivage jusqu’au jour où ils m’offriront des libations pour favoriser leur retour ; quand ils auront immolé la jeune fille, ils pourront l’ensevelir non loin de moi, j’y consens».
Au réveil, Néoptolème explique aux Achéens qu’Achille lui demande le sacrifice de Polyxène. S’ils refusent, il les maintiendra longtemps sur la mer avant qu’ils puissent rentrer chez eux. Poséidon, entendant cela, fait s’agiter les flots et la fille de Priam est trainée sur le tombeau d’Achille. Hécube a une grande douleur en voyant la scène et sa fille est tuée et est métamorphosée en chienne : « Un dieu pétrifia ses membres, et sa statue demeure un éternel sujet d’admiration pour tous les hommes à venir. Sur les conseils de Calchas, les Achéens la transportèrent, sur un vaisseau rapide, au delà de l’Hellespont« . Calchas les supplie de ne pas partir maintenant sentant une menace arriver mais personne ne l’écoute et les bateaux sont chargés des richesses volées à Troie.
Pendant ce temps, les captives désolées tournaient les yeux vers Ilion et, avec de longs sanglots, se plaignaient furtivement, le cœur plein de tristesse ; les unes tenaient les bras autour de leurs genoux, les autres pressaient sur elles leurs enfants qui ne gémissaient pas encore sur leur esclavage et sur les malheurs de leur patrie ; ils ne pensaient qu’à leur sein : car l’âme des petits enfants est exempte de soucis. Toutes, les cheveux dénoués, se déchiraient la poitrine de leurs ongles, tandis que des larmes desséchées laissaient leurs traces sur leurs joues, et que d’autres larmes coulaient de leurs paupières ; elles regardaient leur misérable patrie qui brûlait encore de toutes parts, entourée de fumée et tournant leurs regards sur l’illustre Cassandre, elles l’admiraient, au souvenir de ses sages prédictions ; mais elle, se moquait de leurs plaintes, quoiqu’elle fût affligée aussi des malheurs de sa patrie.
Athéna, en colère contre Ajax le Petit, veut le punir et demande à Zeus de les châtier puisqu’il a violé Cassandre qui implorait la déesse. Zeus refuse d’accéder à sa demande mais lui donne les armes qu’il a façonné pour les Cyclopes. Une tempête se déchaîne alors et Zeus fait gronder le tonnerre pour encourager sa fille. Les navires sont ingouvernables et quelques achéens meurent dans la tempête. Ajax doit faire face à la colère d’Athéna mais également à celle de Poséidon qui saisit de ses mains les rochers de Gyra. Ajax finit par être tué recevant les rochers lancés par Poséidon. De nombreux Achéens périssent pendant la tempête, Poséidon étant aidé par son fils Nauplios, irrité par les murailles et les tours mises en place par les Achéens face à Troie. Les survivants sont dispersés par la tempête :
Sur leurs vaisseaux, les Argiens naviguaient, dispersés par la tempête ; ils abordaient ici et là, aux rivages où les dieux les poussaient, restes malheureux du naufrage meurtrier !
C’est sur ces lignes que s’achève la Suite d’Homère et que peut commencer l’Odyssée.


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