
En guise d’introduction
La découverte de Soundjata commence par une discussion avec une amie :
« Qui sont tes personnages historiques préférés ?
– En personnage historique humm🤔
J’aime bien Thomas Sankara, Soundiata Keita et la princesse Yennenga😊Petite note de bas de page: je te laisse faire tes recherches 😁 »
Me renseignant sur les différentes personnes dont elle parle, je lui envoie :
« Oooh j’aime bien l’histoire de Soundiata Keita !!!
– Il y a un livre sur lui, qui fait partie des lectures scolaires obligatoires chez nous au collège. »
L’histoire de l’Afrique et de ses Etats et Empires m’est totalement inconnue, et en balade à Paris, je vais à la librairie la Présence Africaine avec ma petite amie et j’achète plusieurs livres dont le livre sur Soundjata. Cette histoire est incroyable et cette présentation va se dérouler en deux temps : d’abord, une présentation rapide de Soundjata ou l’épopée mandingue de Djibril Tasmire Niane, un très grand historien guinéen et, ensuite, quelques éléments d’histoire sur l’Empire du Mali. Vous trouverez en photo les livres utilisés pour ce post mais je les préciserai en bibliographie.

L’épopée de Soundjata
D.T Niane (1932-2021) est un éminent historien guinéen spécialiste de l’histoire du Mandé et de l’Empire du Mali. Il a également publié une Histoire de l’Afrique occidentale, Le Soudan occidental au temps des grands empires et Contes d’hier et d’aujourd’hui. L’épopée de Soundjata a été publiée en 1960 et est son ouvrage le plus connu et il est issu d’un récit oral transmis à l’auteur par un griot, Djeli Mamadou Kouyaté. Un griot est un dépositaire de la tradition orale, très respecté pour son savoir et son érudition.
Tout commence avec une introduction présentant Soundjata comme étant supérieur à Djoul Kara Naïni (Alexandre le Grand selon son nom en Islam). Le Manding « était une province des rois Bambara » (Niana, 1960, p. 12) et c’est à cet endroit qu’est né Soundjata. Sa capitale est Niani, en Guinée actuelle (🇬🇳). Maghan Kon Fatta, le père de Soundjata, était le roi du Manding. Un jour, un chasseur qui était également devin arrive dans le Manding pour lui donner une part de son trésor de chasse et lui faire une prophétie :
Je vois venir vers ta ville deux chasseurs ; ils viennent de loi et une femme les accompagne. Oh, cette femme ! Elle est laide, elle est affreuse. Elle porte sur le dos une bosse qui la déforme, ses yeux exorbitants semblent posés sur son visage, mais, ô mystère des mystères, cette femme, roi, tu dois l’épouser car elle sera la mère de celui qui rendra le nom de Manding immortel à jamais, l’enfant sera le septième astre, le Septième Conquérant de la terre, il sera plus puissant que Djoulou Kara Naïni (p. 20).
Mais pour que la prophétie s’accomplisse, le roi doit sacrifier un taureau rouge, ce qui fera venir la femme. Un jour, cette femme arrive et le roi la choisit comme seconde épouse : il s’agit de Sogolon Kedjou. Ensemble, ils ont un enfant et la reine, jalouse, cherche à tout prix à éliminer l’enfant qui pourrait remplacer leur premier fils sur le trône. Le fils de Sogolon n’a pour autant rien pour lui : à trois ans il marchait encore à quatre pattes et l’infirmité de Sogolon Djata réjouit la première femme du roi. Lorsque le roi mourut, son fils n’avait que sept ans et était toujours infirme. La reine-mère l’exile ainsi que sa mère au fond du palais et un jour, Sogolon demande aux forgerons de lui créer une barre de fer pour qu’il puisse se lever. En se levant dessus, la grande barre de fer était tordue et avait pris la forme d’un arc (p. 45). Ainsi, Sogolon Djata savait marcher et il devint de plus en plus populaire, ce qui contraria la reine-mère. Pour le protéger, sa mère l’emmène en exil durant la nuit. Partons d’ici, tu reviendras plus tard, quand tu seras grand, pour régner, car c’est au Manding que ton destin doit s’accomplir (p. 55). Durant l’exil, Sogolon Djata et sa mère traversent différents royaumes, mais c’est face au royaume de Sosso, dirigé par Soumaoro Kanté, le roi sorcier, que Soundjata va révéler sa puissance et créer l’Empire du Mali… Pour la suite, je vous laisse la découvrir par vous-même tant la lecture est agréable. Passons maintenant à l’approche historique.
Soundjata dans l’histoire de l’Afrique
Passons maintenant à l’histoire de l’Empire du Mali. A la fin du Moyen Âge, l’Empire du Mali a une notoriété importante puisqu’elle est la puissance centrale du Sahel occidental. Un chroniqueur égyptien dans les années 1340 (al-Umarî) s’y intéresse, de même que le célèbre voyageur marocain Ibn Battûta qui relate un séjour à la cour du Mali en 1352-1353. Le grand historien tunisien Ibn Khaldûn (années 1370) donne également de nombreuses informations sur les différentes dynasties qui se sont succédées. L’essor de l’Empire du Mali est connu grâce à la tradition orale mais on peut en déduire que le récit de Soundjata se déroule durant le XIIIe siècle et qu’il a contribué à libérer la zone de la tyrannie exercée par le roi du Sosso et à unir différents peuples sous la coupe d’un souverain tout-puissant du Mâli (doté de la dignité islamique de sultan) par les archands venus du nord et, de l’autre, comme protecteur de l’ordre social traditionnel des Malinké où sa prééminence parmi les mansa n’était peut-être pas autre chose que symbolique et rituelle (Fauvelle, 2023, p. 191).
Sources :
Niane D T., Soundjata ou l’épopée mandingue, Paris, Présence Africaine, 1960
Fauvelle F.X, « Ghâna, Mâli, Songhay, Royaumes Courtiers du Sahel occidental » in L’Afrique Ancienne, Paris, Belin, 2023, pp. 171-226.


Laisser un commentaire