
La Rome ancienne a eu ses héros (Camille, Scipion l’Africain pour ne citer qu’eux), mais elle a aussi eu ses héroïnes. Outre Lucrèce dont le viol et le suicide ont mis fin à la monarchie, on peut citer Clélie.
De Clélie, on ne sait pas grand-chose hormis ce qu’en a rapporté Tite-Live, le célèbre historien du Ier siècle. Remettons-nous dans le contexte : après 509 avant J-C, Rome n’est encore qu’une cité Etat et les Etrusques, le peuple qui dominait jusque-là, veut reprendre le pouvoir dont il a été chassé et déclenche des guerres.
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A l’époque où Tite-Live rédige son Histoire, il existe une grosse partie de mythes pour glorifier les héros du passé. Mais disons sommairement que le roi Porsenna, roi des Etrusques, veut récupérer le pouvoir à Rome. Il prend différentes mesures pour y parvenir.
Mucius Scaveola réussit à repousser Porsenna qui lui demande des otages pour partir. Scaevola accepte et lui envoie des femmes, des enfants, des vieillards… et Clélie. Gardée en otage près du Tibre, Clélie parvient à tromper la vigilance de ses gardiens et s’échappe. Ecoutons Tite-Live pour avoir une idée plus précise des événements :
« Suivie de toutes les jeunes filles, elle traversa le fleuve (le Tibre) à la nage sous les traits de l’ennemi, les ramena toutes indemnes à Rome et les rendit à leurs familles. A cette nouvelle, le roi (Etrusque) commença par s’irriter et par faire réclamer à Rome Clélie comme otage : les autres lui importaient peu. Puis, pasant à l’admiration, il disait qu’il la mettait au-dessus des Coclès et des Mucius un pareil exploit ; il publiait hautement qu’un refus de livrer l’otage équivaudrait la rupture du traité, mais qu’en contrepartie, il ne lui serait fait aucun mal et on la rendrait aux siens ». (Tite-Live, livre II, chap. 13)
Que faire dans cette situation ? Risquer la guerre ou sacrifier une personne ?
Tite-Live nous donne la suite :
Les deux partis furent fidèles à leur parole ; les Romains rendirent le gage de paix exigé par le traité et, près du roi d’Etrurie, le courage fut non seulement en sûreté, mais à l’honneur, car il félicita la jeune fille et déclara qu’il lui donnait une partie des otages, à son choix. On les lui emmena tous, et elle choisit, dit-on, ceux qui étaient encore enfants ; choix digne d’une jeune fille et unanimement approuvé par les otages eux-mêmes, car il importait surtout que d’enlever à l’ennemi ceux que leur âge exposait le plus aux outrages. » (Id.)
Le récit de Tite-Live, qu’il soit réel ou non, nous donne l’image de la vertu et du courage chez une jeune fille. Ces qualités, vues comme masculines, sont attribuées à Clélie. On retrouve également l’importance de la parole donnée, de la loyauté entre Romains et Etrusques, et la sagesse de Clélie quant au choix des otages. Le rôle de Clélie est, plus largement qu’une mise en valeur de la sagesse romaine, une solution de « sortie de crise », à l’antithèse de la mort de Lucrèce. Le choix de Clélie permet de restaurer la paix entre Romains et Etrusques. Cerise sur le gâteau : Tite-Live rapporte que Clélie a eu sa statue en haut de la Voie Sacrée, la représentant sur un cheval. Par ailleurs, cet épisode souligne la défaite militaire des Romains mais une victoire sur le plan symbolique. C’est la « paix des braves », mais les Etrusques continueront à causer des ennuis aux Romains pendant encore des décennies.
L’histoire de Clélie a fait l’objet d’un roman roman publié entre 1654 et 1660 par Madeleine de Scudéry, l’un des romans les plus longs de la littérature française.
Sources :
Laigneau-Fontaine B., Rome par les textes, Le Livre de Poche, 2023


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